La douceur, notre force

N°275 | Juillet 2022

Entrons dans la contemplation de la douceur, faite de forces mais aussi d’ombres, comme prévient le premier article de ce numéro. Car la douceur, bien qu’habitée d’une bonté première, se révèle traversée de paradoxes. En effet, même si elle est hautement désirable, celle-ci réveille notre peur d’être vulnérables. Pour faire advenir son règne, peut-être faudrait-il croire vraiment en sa puissance et en sa fécondité, elle qui n’est pourtant ni mollesse ni passivité.

L’Écriture sainte elle-même nous accoutume à la manière d’être de Dieu selon cette qualité. Dès l’Ancien Testament, le Seigneur se révèle non comme un Dieu guerrier et vengeur mais comme le Dieu miséricordieux qui brise la violence. La tradition chrétienne s’inscrit dans cette révélation.

Ainsi, les Pères apostoliques s’intéressent-ils à la douceur, la distinguant de la vertu des philosophes, orientée vers l’accomplissement d’un idéal moral. Chez ces Pères, la douceur vise un effacement de soi pour mieux rejoindre l’autre. Elle est une puissance de vie bonne qui permet de s’opposer à la violence. Elle demande une force d’âme, un courage dont le Christ lui-même fait preuve jusqu’à affronter la violence.

À la suite du Christ, bien des croyants ont aspiré à cette bonté, comme Ignace de Loyola, dont l’exemple nous montre l’indispensable douceur à exercer envers soi-même et envers les autres. Chez lui, ce trait acquis est le fruit d’un chemin spirituel, il se révèle également comme une intelligence des situations et des relations.

Cet art de la relation qu’est la douceur passe aussi par le soin donné aux corps. Agir avec tact, c’est être là pour l’autre dans une qualité de présence qui lui permette d’advenir à la vie ou de se maintenir dans l’existence. La loi peut être une caresse quand elle est la reconnaissance infinie de la dignité de l’autre. Rien ne sert d’être doux si l’on n’est pas droit. En cela, il est juste de s’émerveiller avec le psalmiste devant la bonté de la loi, douce comme le miel.

Les Béatitudes énoncent un autre paradoxe : les doux posséderont la terre en héritage. Paradoxe d’une douceur évangélique qui affronte les violences et les injustices. Cette béatitude est une promesse de fécondité conférée aux pauvres de cœur, aux humbles, à ceux qui ne mettent pas la main sur les biens du monde par l’usage de la force et ne font violence ni aux hommes, ni à Dieu.

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