Quand le temps nous est donné...
L'ÉCOUTE DU CORPS DANS L'ACCOMPAGNEMENT SPIRITUEL
DOSSIERS
S'ABANDONNER
Le désir d'abandon spirituel naît parfois de la soif de s'alléger du poids d'une vie prise dans l'envahissante activité de l'esprit et du corps. Cette aspiration à trouver le repos en Dieu rejoint-elle celle du « lâcher-prise » que tant de personnes appellent de leurs vœux aujourd'hui ? L'abandon serait alors envisagé comme une voie pour sortir de l'occupation et plus encore de la préoccupation. Dans la tradition spirituelle, l'abandon ne consiste pas seulement à entrer dans une passivité pure mais à exercer une volonté dans laquelle Dieu se manifeste cependant. L'abandon est un « décentrement intérieur » mais pas pour autant un détachement de soi. Au contraire, il rend celui qui en vit pleinement présent à lui-même et au monde. Cependant la possibilité de s'en remettre à Dieu de la sorte dépend pour une grande part d'une expérience de confiance première. Car avoir été abandonné ou se sentir abandonné est une souffrance qui sape la capacité à s'en remettre en toute confiance à un autre ou au Tout Autre. Peut-être est-ce cela qui rend parfois difficile le chemin spirituel de l'abandon de soi ? Si le terme d'abandon n'apparaît pas comme tel dans la Bible, l'attitude qui consiste à s'en remettre à une volonté plus grande que soi la traverse. Elle est illustrée en une grande variété de récits et d'expériences et par d'innombrables figures, d'Abraham à Jésus lui-même. Dans une invitation à suivre Jésus Christ sur son chemin d'abandon, les Exercices spirituels ouvrent à une man...
LIRE ET MÉDITER
ALENTOUR DU VERSET
Préface d'Emmanuel Falque, Ad Solem, « Philosophie », 2019, 536 p., 26 €.Voici un livre étrange et séduisant. Chacun des vingt mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux du rosaire est l'objet d'une méditation originale puisqu'elle est de nature résolument philosophique. En effet, les mystères renvoient à des moments (par exemple, l'Annonciation au commencement, le Baptême à l'engendrement, l'Agonie au désemparement, la Résurrection à la surprise) qui ont une consistance phénoménologique propre. Il ne s'agit pas d'exégèse. Par exemple, les noces de Cana sont méditées non pas selon leur signification dans l'évangile, où elles annoncent et inaugurent, semble-t-il, le passage d'un judaïsme qui a épuisé son vin à une toute nouvelle fête transformant l'eau des rites anciens en vin à la saveur jusqu'alors inconnue, mais, rosaire oblige, une interrogation sur la relation réciproque de Jésus et de sa mère. Le parti pris est fort clair : ces moments phénoménologiques suggérés par la lecture des textes, que deviennent-ils quand on les décrit avec précision en leur lieu théologique ? Les quelque 540 pages de ce livre sont la méditation personnelle, l'appropriation aussi profonde que possible de ce que l'itinéraire du rosaire suggère à une lectrice philosophe, infiniment attentive. Méditation donc, c'est dire que l'avancée ne se fait pas en fonction du déploiement d'une problématique, mais selon un cheminement qui est celui du rosaire ; c'est dire aussi que le tempo n'est pas...