Quand le temps nous est donné...
VIVRE À SON RYTHME
DOSSIERS
LA CONVERSION
La conversion de chacun est un événement pour tous. Même si les récits de conversion racontent une aventure personnelle, ils ont pourtant une portée collective, ce que révèlent tant de vies de saints. Si l'appel à la conversion répond à une quête spirituelle, parfois à un désir intime, si elle se propose comme un bouleversement inattendu, la tâche de tout converti consiste à la laisser prendre place dans son existence, à la soumettre à l'épreuve du réel et à celle de la rencontre de frères et de sœurs. La conversion se déploie et se renouvelle ainsi au long de la vie, dans la fidélité à soi comme dans l'ouverture à l'autre et à l'Esprit qui fait naître le désir et le purifie. Cheminer de la sorte, c'est entrer dans la dynamique même de l'Esprit qui fait toute chose nouvelle, c'est accueillir la nature « débordante » de celui-ci comme le feu qui se répand. L'histoire d'Ignace en témoigne : seul, puis avec ses compagnons, il n'a eu de cesse de chercher à ouvrir à d'autres la possibilité de la rencontre intime de Dieu, en entrant en conservation avec eux. Toute expérience singulière de conversion s'insère dans une histoire collective plus large et contribue à la féconder. La conversion personnelle relie à d'autres et c'est dans l'expérience de la relation qu'elle prend corps. La conversion se mesure à son fruit qu'est la communion, même si cette dernière n'est jamais acquise. Ce mouvement personnel de conversion, qui s'inscrit dans une dynamique collective toujours à parfair...
LIRE ET MÉDITER
LA LOI DE LIBERTÉ
Postface de Bernard Bouyssou, Bayard, 2020, 320 p., 18,90 €. La critique de la société technicienne qu'il a pu développer voici quelques décennies conduit à l'actuelle redécouverte de l'œuvre de Jacques Ellul (1912-1994), historien du droit, sociologue et théologien protestant. Dans ce texte inédit, transcrit à partir d'un séminaire donné sur l'épître de Jacques en 1978, l'auteur s'attaque au commentaire d'un écrit qui n'a pas toujours eu bonne presse dans la tradition réformée, Luther l'appelant même « l'épître de paille ». Saint Jacques, on le sait, semble insister davantage sur les œuvres que sur la foi, d'une plume radicale et jugée brutale pour certains. Si, plus près de nous, un théologien comme Dominique Collin a pu souligner combien cette lettre invite à ranimer « une foi qui serait désactivée de toute mise en œuvre1 », pour mieux « ébranler la suffisance du monde », Ellul quant à lui tente de dégager la logique interne de celle-ci en la commentant verset par verset. Au départ, l'épître semble vouloir répondre à des questions diverses comme le service des autres, l'épreuve de la foi, la souffrance, le rapport à l'argent. On s'attendrait donc à recevoir une leçon de morale, mais saint Jacques, explique Ellul, nous invite d'abord à vivre dans la joie l'épreuve du croire, à accueillir la Parole comme une création nouvelle. Surtout, il propose « d'entrer dans la loi de liberté », comme saint Pierre dans les Actes des Apôtres, convié à consommer des aliments impurs. N'...