Quand le temps nous est donné...
VIVRE À SON RYTHME
DOSSIERS
A L'ÉPREUVE DE LA PERTE
Nous savons d'expérience qu'il n'y a pas de vie sans pertes, fussent-elles presque insensibles ou au contraire sévères jusqu'à l'irréparable. Quand la perte nous arrache à nous-même et nous livre à l'angoisse, y a-t-il, sous le sol qui se dérobe, un sol plus ferme sur lequel reprendre pied ? Qu'est-ce qui nous permet de garder l'espoir que quelque chose est donné, envers et contre tout ? Avant de chercher des réponses à ces questions, rappelons que vivre à l'épreuve de la perte, c'est tout d'abord accepter de lâcher nos appuis alors que notre premier réflexe est d'essayer de donner un sens à ce qui n'en a pas. À cette tentation, il peut être salvateur d'opposer la plainte. Oser dire notre douleur à nos frères et sœurs ou adresser notre cri au ciel, ainsi que Job l'a fait. Mais, parfois, même notre soutien nous est retiré, la consolation de la foi ou la force du corps par exemple, comme en témoigne Thérèse de Lisieux pendant les mois qui ont précédé sa mort. Ou comme ce que vit toute personne traversant les dépouillements successifs qu'impose le grand âge. Pour le chrétien qui vit l'absence du Christ comme un manque cruel, la liturgie offre d'habiter l'expérience de la perte, elle fait rencontrer le Dieu qui ne vient pas combler nos manques mais les transforme en une attente féconde. Comme les premiers Apôtres du Christ qui ont eu à vivre sans leur Ami, les chrétiens sont appelés aujourd'hui à consentir à Le perdre pour Le retrouver avec d'autres, en Église. En ces temps d...
LIRE ET MÉDITER
LE DISCERNEMENT DES ESPRITS SELON IGNACE DE LOYOLA, DOMINIQUE SALIN
Lessius, « Petite bibliothèque jésuite », 2021, 204 p., 12 €. Des moralistes du XVIIe siècle qu'il a souvent étudiés, Dominique Salin a hérité l'art de condenser beaucoup d'intelligence en peu de mots. Son dernier livre confirme cette inclination. En 204 pages bien tassées, ce spécialiste de théologie spirituelle nous offre à la fois un traité du discernement des esprits à la mode ignatienne, un précis de vie intérieure et une contribution décisive à « l'anthropologie historique du croire » pour parler comme l'un de ses maîtres, Michel de Certeau. Ignace de Loyola en a fait l'expérience sur son lit de malade : l'être humain n'est pas maître chez lui. Sans cesse, il est traversé par des émotions, des sentiments, des états d'âme surgis d'on ne sait où. Joie, tristesse, angoisse, colère, exaltation, découragement… autant de choses qui nous arrivent, qui se produisent en nous. D'où viennent ces motions qui relèvent de l'involontaire, de l'insu ? À l'époque d'Ignace, on en attribuait l'origine à des puissances extérieures qui avaient pour les contemporains une existence réelle, concrète. Le fond de l'air était animiste. Dans un monde où le prodige était banal, où l'on croisait des êtres surnaturels comme nous avisons nos voisins, on croyait que des esprits voltigeaient entre ciel et terre, prêts à intervenir en permanence. Bons et mauvais anges prenaient d'assaut les cœurs des hommes et s'y livraient à des batailles homériques pour activer en eux les passions : « ils avaient l...