Quand le temps nous est donné...
VIVRE À SON RYTHME
DOSSIERS
LES ÉCLATS DE LA COLÈRE
Si l'irruption de la colère dans la revendication collective constitue une menace, force est de constater qu'elle est également l'expression d'une révolte légitime face à l'injustice. L'Église, au sein de laquelle s'élève avec force la voix des victimes de violences perpétrées par ses propres membres, n'est pas épargnée. La colère est une émotion réactive qui surgit en soi ; elle ne relève ni du bien, ni du mal. Il est dès lors possible de la considérer dans ses éclats sombres et lumineux et dans ce qu'elle produit, même si longtemps la tradition philosophique et spirituelle a posé sur elle un regard de condamnation. Les Pères de l'Église s'entendent sur le fait qu'elle doit être extirpée de l'âme bien qu'ils lui reconnaissent parfois aussi un caractère légitime. La colère est en effet nécessaire quand elle se fait protestation contre le péché et l'injustice et est dictée par l'amour. Dans la Bible, l'ire est avant tout l'affaire de Dieu. En lui font écho miséricorde et colère qui, toutes deux, signifient l'attachement de Dieu aux êtres humains. La tradition biblique confesse un Dieu en qui la colère ne contredit jamais l'amour. Cette émotion est un signe du vivant en nous, cela explique qu'elle s'invite jusque dans notre prière. On trouve au cœur de la prière biblique le combat intérieur dont la vie spirituelle ne peut faire l'économie : ainsi, la voix du psalmiste porte-t-elle tant les humeurs belliqueuses de l'âme inquiète que la louange fervente de l'orant. Cependant,...
LIRE ET MÉDITER
CROIRE DANS LE MONDE À VENIR
Fidélité, « Béthanie », 2020, 132 p., 15 €. Dans ce commentaire de l'épître de Jacques, Dominique Collin livre en dix-sept courtes sections une réflexion critique sur le rapport des chrétiens au monde. Vaut-il mieux « changer de monde » et vivre plus en accord avec sa foi, quitte à déserter celui-ci ? Ou bien s'ouvrir au monde, quitte à se conformer à lui et à accommoder sa foi ? Mais la foi, tel un « levier hors du monde », tout à la fois s'oppose à lui et lui est destinée, et tire sa vigueur de l'adversité. En affirmant de manière aussi incisive que Jacques que « le monde tel qu'il est et tel qu'il va est intolérable » (p. 7), Dominique Collin invite les chrétiens à s'y engager résolument. Non pour sauver le monde (il est « insauvable » [p. 101]), mais pour offrir aux hommes la chance de croire dans un « autre monde », le « monde à venir », « non pas un au-delà du monde, […] mais la possibilité de vivre selon un tout autre rapport, un rapport qui ne serait pas de suffisance » (pp. 102-103). Tout l'art de cet essai est d'indiquer, au-delà de l'alternative simpliste entre être « dans » le monde ou « hors » du monde, des voies pour une authentique radicalité chrétienne. Tout commence par une communauté dispersée de frères qui, bien qu'étrangers, sont partout comme chez eux. Loin de se contenter du bonheur mondain, ils font l'expérience de la joie plus grande de la foi éprouvée. Résolument tournés vers Celui dont la seule volonté est de se communiquer aux hommes, ils s'offr...