Artège, 2020, 216 p., 17 €.

Avec ce livre, Constance Vilanova – journaliste et historienne qui s'intéresse particulièrement aux dérives sectaires et aux droits des femmes – livre une enquête poignante sur les abus de pouvoir et les crimes sexuels subis par des femmes religieuses de la part de responsables ecclésiaux.

Au fil des chapitres, l'autrice rend compte de la progressive prise de conscience de l'immense violence dont sont victimes des femmes adultes consacrées au Christ qui, jusque-là, ont gardé le silence. Cette enquête avance pas à pas. L'ouvrage commence par un écho dans différents continents de ce qui se passe à l'été 2018 lorsque le mouvement #MeToo atteint l'Église. Puis, remontant le temps, l'enquête revient sur les deux lanceuses d'alerte, sœur Maura O'Donoghue en 1994 et sœur Mary McDonald en 1998, qui ont envoyé des rapports au Vatican sur la situation en Afrique, et sur la conférence de sœur Esther Fangman à l'Université pontificale de Rome en 2000, mettant ainsi en lumière que le Vatican avait connaissance des faits depuis longtemps. Faisant à nouveau un saut dans le temps jusqu'à Rome aujourd'hui, l'autrice s'arrête à l'audacieuse thèse de sœur Mary Lembo (mai 2019) pour déceler les mécanismes psychiques qui entrent en jeu pour que des abus se produisent dans la relation pastorale entre prêtres et religieuses et pour mettre au jour les changements à opérer dans la formation des prêtres et des sœurs. Après cela, l'autrice porte à la connaissance du lecteur plusieurs autres engagements de femmes courageuses : Karlijn Demasure du Centre de protection des mineurs et des personnes vulnérables, l'association Voice of Faith, Lucetta Scaraffia qui travaillait au supplément féminin de L'Osservatore Romano. Puis l'enquête fait état de nombreuses rencontres de Constance Vilanova avec des femmes religieuses victimes : en Argentine, en Inde, en France, en lien avec l'Union internationale des supérieures générales (UISG)… Aucune enquête n'a été possible en Afrique, malgré les nombreuses tentatives de l'autrice. Au gré des pages, se découvrent des figures fortes – religieuses, médecins, psychologues, thérapeutes victimologues, prêtres, théologiennes, évêque – qui aident ces femmes abusées et brisées à sortir du silence, à s'engager en justice et à se reconstruire. L'enjeu se révèle être tout à la fois celui de l'accompagnement des victimes, celui de la formation des prêtres et des religieuses (en particulier une juste compréhension de l'obéissance religieuse) et celui de la mise en place d'un suivi plus rigoureux des communautés dysfonctionnelles par les instances ecclésiales.

On regrettera plusieurs coquilles dans le dernier chapitre où la victime Cécile est nommée par erreur par le nom de son agresseur.

Il importe de lire ce livre, et de le faire lire à des hommes en situation de responsabilité dans l'Église, même si les violences subies sont insoutenables. Il peut contribuer à faire la vérité et à continuer de fissurer l'omerta encore très prégnante sur cette question qui concerne pourtant une religieuse sur huit (selon une enquête quantitative de 1998).