Quand le temps nous est donné...
VIVRE À SON RYTHME
DOSSIERS
A L'ÉPREUVE DE LA PERTE
Nous savons d'expérience qu'il n'y a pas de vie sans pertes, fussent-elles presque insensibles ou au contraire sévères jusqu'à l'irréparable. Quand la perte nous arrache à nous-même et nous livre à l'angoisse, y a-t-il, sous le sol qui se dérobe, un sol plus ferme sur lequel reprendre pied ? Qu'est-ce qui nous permet de garder l'espoir que quelque chose est donné, envers et contre tout ? Avant de chercher des réponses à ces questions, rappelons que vivre à l'épreuve de la perte, c'est tout d'abord accepter de lâcher nos appuis alors que notre premier réflexe est d'essayer de donner un sens à ce qui n'en a pas. À cette tentation, il peut être salvateur d'opposer la plainte. Oser dire notre douleur à nos frères et sœurs ou adresser notre cri au ciel, ainsi que Job l'a fait. Mais, parfois, même notre soutien nous est retiré, la consolation de la foi ou la force du corps par exemple, comme en témoigne Thérèse de Lisieux pendant les mois qui ont précédé sa mort. Ou comme ce que vit toute personne traversant les dépouillements successifs qu'impose le grand âge. Pour le chrétien qui vit l'absence du Christ comme un manque cruel, la liturgie offre d'habiter l'expérience de la perte, elle fait rencontrer le Dieu qui ne vient pas combler nos manques mais les transforme en une attente féconde. Comme les premiers Apôtres du Christ qui ont eu à vivre sans leur Ami, les chrétiens sont appelés aujourd'hui à consentir à Le perdre pour Le retrouver avec d'autres, en Église. En ces temps d...
LIRE ET MÉDITER
RÉDUIT À RIEN
Cerf, 2021, 232 p., 18 €.« Rien ! » C'est un des maîtres-mots de la tradition mystique. Dieu n'est rien – rien de ce que l'homme peut concevoir – n'ont cessé de marteler les mystiques, de Denys l'Aréopagite au VIe siècle à Angelus Silesius au XVIIe (Dieu un pur rien est le titre du beau livre consacré au Silésien par Jacques Le Brun, au Seuil, en 2019). Mais c'est Maître Eckhart qui, au XIVe siècle, commentant la conversion de saint Paul pour les moniales et les béguines de Strasbourg, avait trouvé la formule la plus frappante : « Lorsqu'il se releva de terre, les yeux ouverts, il vit le néant, et ce néant était Dieu. »« Rien ! » C'est encore ce que l'homme doit consentir à devenir, lui aussi, s'il veut laisser Dieu être Dieu en lui. Consentir à cet évidement de soi, à ce détachement de toute image et de toute représentation, de toute volonté propre, de toute attache et de toute revendication de l'ego qui pourrait faire obstacle, si ténu soit-il, à « la naissance de Dieu en l'âme », comme disait Maître Eckhart. « Anéantissement », avait écrit à la même époque Marguerite Porete dans son Miroir des âmes simples et anéant...