Qu’est-ce que la maternité révèle de notre relation à Dieu, aujourd’hui que les femmes savent d’ordinaire qu’elles auront peu d’enfants ? Pourtant, aujourd’hui comme hier, elles éprouvent avec leur enfant un choc que lui seul sait déclencher (Geneviève Jurgensen). L’attitude intérieure face à l’accouchement se fonde sur une ferme détermination à entrer dans ce qui est douloureux et à le conduire vers la vie. Et cela se rejoue à chaque enfant. Ainsi, la femme à terme entre en travail, mais aussi en foi, une foi non réflexive, chevillée au corps (Claire-Anne Baudin).Grâce à cette foi, on sait mieux identifier aujourd’hui le tissage de féminité qui concerne le visage même de Dieu. D’où la nécessité d’entendre les textes bibliques avec toute leur finesse, si l’on veut percevoir comment, lorsqu’ils sollicitent le registre de l’enfantement pour dire Dieu, ils donnent à méditer quelque chose de central dans l’économie du salut (Anne-Marie Pelletier). Ainsi, un enfant est donné à Abraham et Sara, à Zacharie et Élisabeth, au soir de la vie. En comblant un couple, Dieu fait naître un peuple, il fonde et renouvelle l’Alliance. Et à toute l’humanité, il donne ce signe et cette promesse, afin que nous lui confiions nos stérilités et qu’il les change en fécondités inattendues (Christelle Javary).Encore faut-il accepter de naître spirituellement. La présence active de l’accompagnateur, sa compétence, comme celles d’un accoucheur, sont nécessaires. Même si la naissance de Dieu en nous et la nôtre en Dieu sont, au-delà, un mystère de communion (Sylvie Robert).
De manière analogue, le parcours de la maternité est d’accepter ce mystère que constitue chaque étape de l’enfant. Toutes les mères éprouvent ce pincement au coeur : il grandit, il va penser autrement que moi, il va faire autre chose que ce que j’aurais voulu pour lui, il va avoir à se confronter à la douleur, et je ne peux pas le lui éviter (Nicole Jeammet et Emmanuelle Maupomé). La Vierge Marie a aussi vécu tous les âges de la maternité, les dangers de la naissance en voyage et de la fuite en Égypte, l’incompréhension devant la fugue d’un adolescent échappant à son autorité, le détachement d’un fils devenu adulte et engagé dans une mission qui la dépasse, la mort enfin de ce fils, la plus cruelle et la plus intolérable pour une mère, que ses enfants doivent normalement prolonger dans la vie (Bernard Sesboüé). Car pour les femmes qui ne seront jamais grands-mères, ce statut est enviable et envié. La réalité psychologique est plus complexe. Elle ouvre à une série de paradoxes : cette maternité-là est un état, et un chemin. Elle est une naissance, et un deuil. Elle institue la continuité familiale et, dans le même temps, crée chez la femme une rupture (Geneviève de Taisne). Enfin, quand elle atteint le très grand âge, que les infirmités et les fatigues se font plus lourdes, quand l’inconscience l’emporte parfois sur l’éveil, une mère cesse-t-elle pour autant d’être mère ? Peut-on encore parler de maternité et d’enfantement quand les rôles semblent s’inverser et que les enfants font tout pour lui assurer des soins et un environnement de vie qui soit le plus sûr et le plus serein possible (Remi de Maindreville, Françoise Le Corre et René-Claude Baud) ?

 

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