À peine le temps de dire « ouf », et c'était fait. Un geste peut-être plus insistant que d'habitude, une inclination intérieure sans doute plus décidée, ainsi en fut-il, un jour béni entre tous, de ton abandon à l'Esprit. Trois fois rien, vraiment. Pourquoi alors, avant cela, te prenais-tu pour un ange, déterminé une fois pour toutes ? À ta décharge, tu ne pouvais pas prévoir. Loi de l'abandon, inconditionnelle, inconditionnable. Pour autant, une longue préparation précéda cet instant, une rigoureuse attention à ce qui ouvre à la grâce, à ce qui y fait obstacle aussi…

La merveille, c'est que cela se répéta et se répète avec toujours la même surprise. Tu t'es livré en même temps que délivré ‒ des troubles du passé, des équivoques, des subtiles dissimulations qui t'empêchaient de te mouvoir librement, d'être à nu devant autrui, devant l'Autre. Et quel branle-bas de combat intérieur dès que tu fus touché, dès qu'à ton tour il te fut permis de toucher. Dès qu'Il te fit reposer sur des prés d'herbe fraîche et que l'on te vit accordé à son bon vouloir… Aujourd'hui, tu prends les choses comme elles se présentent, comme te les rend présentes le Dieu vivant. Pour toi-même, tu n'éprouves que peu d'intérêt ‒ non pas mépris, car s'il y a bien quelque chose dont tu t'enorgueillisses, c'est, mordicus, de valoriser la sensibilité de ton prochain plutôt que la tienne propre. Lorsque tu repars de ce point-là, aucune force du mal ne semble avoir de prise sur toi. Une brise légère t'accompagne de loin en loin. Tes chaînes s'éparpillent le long du chemin. Le passé te revient à l'esprit dans l'action de grâce. De jour comme de nuit, tu te repères mieux. Les eaux troubles ne t'empêchent plus de nager. Ni les tremblements de terre, d'évoluer. Ni même la foule, d'aller à contresens…

La merveille, ce fut de consentir un jour quelconque à l'amour.

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