Envisager la relation d’accompagnement spirituel sous l’angle de l’autorité et de l’obéissance a de quoi surprendre aujourd’hui. Qu’y a-t-il en effet de moins contraignant, de plus libre et de plus confiant au premier regard que cette relation, où la vie intérieure de l’un s’expose à l’écoute attentive et aux conseils de l’autre, à la recherche de la volonté de Dieu, des signes de l’Esprit, des engagements d’une foi plus vivante ? Tout cela ne s’opère pas sans combat ni résistance intérieurs, mais dans le sentiment d’une grande liberté, si bien qu’on ne voit pas spontanément où se situerait la contrainte de l’obéissance ou le sceau de l’autorité.
Pourtant, n’y a-t-il pas là quelque chose de cet ordre quand la personne accompagnée met en oeuvre ce que son accompagnateur lui a proposé ? La tradition est riche en récits de mystiques et maîtres spirituels évoquant, non sans reconnaissance, la fermeté dans laquelle ils ont été conduits ou souhaitaient être conduits spirituellement par leur « directeur » ou leur « confesseur » : Thérèse d’Avila, par exemple, cherchait des « confesseurs » qui lui résistent. Cela signifie-t-il que la récente notion d’« accompagnement » connote un rapport nouveau à l’autorité et à l’obéissance ? En quoi et à quelle fin y sont-elles sollicitées ? Leur relation si intime peut-elle éclairer d’autres formes de relation dans l’Église et la société ? Après avoir regardé les enjeux de l’obéissance et de l’autorité dans l’accompagnement, nous essaierons d’en dégager les fondements et la régulation.
 

Le tournant des années 80


La question n’est pas neuve. Déjà dans les années 80, à la lumière du développement des sciences sociales, on débattait du statut de l’accompagnateur et d’une définition de l’accompagnement spirituel. Ainsi les P. Barry et Connolly écrivaient-ils dans La pratique de la direction spirituelle 1 que « la direction spirituelle est une relation d’aide, mais l’aide offerte est plutôt celle d’un compagnon de voyage que celle de l’expert ». Dans l’introduction de L’expérience des Exercices spirituels dans la vie 2, le P. Giuliani évoque le « pouvoir moral sans limites [dont l’accompagnateur est investi] devant un retraitant qui se confie et qui consent à mettre en oeuvre ses recommandations ». Mais il affirme nettement que cette relation « n’implique ni autorité pour l’un ni soumission pour l’autre. C’est l’expérience personnelle du retraitant, donc sa fidélité à l’Esprit de Dieu agissant en lui, qui exclut toute directivité humaine ».
Là où la notion traditionnelle de « direction spirituelle » peut induire une sorte de directivité et d’emprise sur le devenir et la liberté de la personne, l’accompagnement fait donc davantage droit au respect dû à un sujet qui veut devenir pleinement responsable de son histoire, auteur de sa parole, et en qui l’Esprit Saint est à l’oeuvre. Parler d’« accompagnement » de préférence à...
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