Un jeune couple est penché vers un nouveau-né dans son berceau : c'est leur premier enfant.. Silence : ensemble ils contemplent la merveille venant de leur amour Et puis, le père murmure : « Une telle beauté, cela ne peut pas venir seulement de nous... » Nouveau silence : ensemble ils se recueillent, saisis par l'émotion. Plus besoin de paroles. Chacun relit en son coeur l'aventure de cette vie nouvelle et pressent que sa joie, celle d'eue père, celle d'être mère, est divine.
Il y a des événements qui ont eu une telle intensité dans noue histoire personnelle que nous les recueillons encore aujourd'hui, avec reconnaissance, comme autant de signes de la présence de Dieu à nos côtés. Mais nous ne sommes pas toujours assez conscients que, dans le Christ Jésus, c'est notre vie, la vie tout simplement dans toutes ses dimensions, qui est spirituelle, divine, car saisie, soulevée par le souffle de l'Esprit.
Cueillir, comme on cueille en été les fleurs des champs qui couvrent la prairie pour en faire un bouquet plein de couleurs.
Recueillir,
comme on recueille la moisson dans sa grange. Se recueillir comme chaque foyer de la ville se rassemble sur son secret quand vient la nuit. Dans l'expérience spirituelle, se recueillir signifiera se retrouver soi-même pour s'accueillir soi-même, ramasser les pièces de soi pour les ramener à l'unité. Peut-être aussi se préparer à rencontrer Celui qui, depuis le premier jour de notre existence, nous a saisis, recueillis dans son amour.
 

Le lieu du coeur


Nous ne sommes pas les seuls à aspirer au recueillement : nous constatons qu'il y a autour de nous un nombre croissant de personnes qui, croyantes ou non, découvrant l'inanité et la vacuité de la vie qu'elles mènent, cherchent à gagner le large. Elles partent en pèlerinage, parfois en empruntant des routes terrestres comme celles de Compostelle ou de Jérusalem, parfois en frappant à la porte d'une session ou d'un monastère. Elles n'en ont pas toujours conscience, mais elles partent en réalité à la recherche d'elles-mêmes, en pèlerins assoiffés vers le lieu de leur coeur.
Rentrer en soi-même, descendre sous la mer, trouver le calme sous les tempêtes, aller à l'essentiel, chercher au dedans ce que nous attendions du dehors. On n'épargne ni peine ni argent pour devenir maître de son corps et de son esprit. On désire se libérer pour être capable d'accueillir l'expérience spirituelle. On achète des livres, on est prêt à payer des stages pour apprendre à utiliser des techniques qui sont bel et bien une forme d'ascèse. On demande à des maîtres de vous initier à ce recueillement, de vous apprendre à détourner l'attention de ce que l'on considère désormais comme superficiel et inutile pour la concentrer sur le noyau des choses et sur le fond de soi-même. On voudrait tant parvenir à se réconcilier avec soi-même. On désirerait tant trouver l'harmonie avec soi et en même temps...
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