Dans la vie en société, tout n’est pas gratuit, loin de là ! Mais n’ima­ginons pas non plus que rien ne le soit. En fait, s’y combinent du contractuel, donc du « soumis à condition », et de l’inconditionnel. On trouve cela dans tous les types de relations, selon des propor­tions diverses. Par exemple, dans une famille, l’amour conjugal, ou l’amour des parents pour leurs enfants, n’est pas soumis à condition. Un enfant n’a pas à « mériter » l’amour de ses parents ; au contraire, cet amour est là dès le début et l’aide à grandir. Cependant, une dimension contractuelle est présente dans ces relations : il y a cer­taines règles à respecter, qui, dans le cadre de l’éducation, peuvent amener récompenses ou sanctions.
 

Le conditionnel et l’inconditionnel


Cette double dimension, inconditionnelle et conditionnelle, est présente à des degrés divers dans toutes les relations sociales, y compris dans la vie professionnelle. Cette dernière est régie par un contrat de travail : car il ne s’agit pas de vivre son métier comme un « sacerdoce » où l’on « se donnerait » à corps perdu ! Pourtant la dimension de l’inconditionnel est ce qui permet de vivre accueil de l’autre, respect et ouverture, au coeur de la vie professionnelle 1.
Même le monde du marché et de la finance, avec les multiples contrats qui le constituent, a besoin en fin de compte de la confiance pour ne pas s’effondrer. La crise financière actuelle le montre cha­que jour : si la confiance vient à manquer, plus personne ne prête à personne.
Il est bon que cette double dimension soit honorée. Nous étouffe­rions dans un monde régi seulement par le contractuel, le donnant-donnant. Mais nous n’étoufferions pas moins dans des relations entièrement inconditionnelles, qui ne laisseraient pas place à tel ou tel engagement négociable ou révisable. Dans le premier cas, ce serait un monde sans âme ; dans le second cas, un monde sans espace de liberté. Allons même jusqu’à dire que l’inconditionnalité, la gratuité, ont besoin d’un cadre régi par des règles pour mieux s’exprimer – quitte à déborder ce cadre.
 

Équivalence et surabondance


Nous retrouvons là un débat assez ancien, celui de la justice et de l’amour. Point n’est besoin de le réacti...
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