Bayard, 2011, 127 p., 16 euros.
 
« Faire germer de la profondeur dans les êtres, […] les aider à se construire un espace interne et singulier qui en fasse, autant qu’il est possible, des personnes plus justes et plus spiri­tuelles », telle est aussi l’exigeante tâche qui incombe aux professeurs. Évelyne Martini, professeur de lettres et ins­pecteur d’académie à Paris, spécialiste de l’enseignement du fait religieux, propose dans cet ouvrage une réflexion qui intéressera au-delà du cercle de ceux que l’enseignement concerne, car il s’agit bien ici des enjeux de l’éducation et de la transmission : quelles personnes souhaite-t-on former ? À la lumière de sa propre expérience et de ce qu’elle observe aujourd’hui dans les classes, l’auteur s’interroge sur les conditions de possibilité pour les jeunes de se construire cet espace intérieur. Sans polémique mais avec vigueur, elle montre la difficulté de la tâche aujourd’hui. Car plus encore que l’absence de motivation ou de concen­tration, c’est la culture contemporaine – où matérialisme, hyperviolence et hypersexualité se sont banalisés – qui oppose à l’effort et à l’élévation morale – requis par le projet éducatif – des modèles qui encouragent les pulsions et « parasitent l’imaginaire ». S’il est vrai que, par la médiation des textes, la littérature « embléma­tise l’expérience humaine », elle pose aussi la nécessaire question du sens de l’existence. L’auteur n’élude pas les difficultés de l’institution elle-même et les risques de « dérives technicistes » dans sa discipline, lorsque l’analyse du texte l’emporte sur l’émergence du sens. Mais elle rappelle avec netteté, alors que tout concourt à la fragmen­tation de leur formation et à leur dis­persion intérieure, l’enjeu fondamental de l’éducation de jeunes dont il importe d’aider à construire l’intériorité.