Le concile Vatican II a été l'occasion d'un renouveau ecclésiologique et a permis la remise en lumière de l'égale dignité de tous les baptisés. Néanmoins, au cours des années qui l'ont suivi, s'est développée une approche qui opposa l'Église institutionnelle, hiérarchique, administrative et figée à l'Église charismatique, missionnaire, vivante et prophétique.

Le problème le plus aigu avec lequel les ecclésiologues sont aujourd'hui aux prises est sans doute celui du rapport entre le charismatique et l'institutionnel […]. Au niveau de la vie et de l'action, des groupes de chrétiens, en Europe et en Amérique, en ont appelé à l'aspect charismatique et, plus spécifiquement parfois, à la dimension prophétique du christianisme pour justifier leur attitude d'indépendance plus ou moins prononcée à l'égard de la hiérarchie et des traditions de l'Église1.

Joseph Ratzinger a rejoint cette analyse2 et a dénoncé une lecture biblique qui oppose les prêtres et les prophètes, le « culte, institution d'un côté, et prophétie, charisme, liberté créatrice de l'autre. Dans cette conception, les prêtres, le culte, l'institution et le droit apparaissaient comme quelque chose de négatif, qu'il fallait dépasser. Jésus, lui, se situait dans la ligne des prophètes qu'il conduisait à son terme, par opposition à la