« Pourquoi m'imposes-tu le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Moi qui l'ai mis au monde ?... Tu veux que je porte ce peuple sur mon cœur, comme une nourrice porte un petit enfant ?... Où trouverais-je de la viande pour donner à tout ce peuple ?... Je ne peux plus, à moi seul, porter tout ce peuple ; il est trop lourd pour moi... Fais-moi plutôt mourir... Que je n'aie plus à subir mon triste sort. » [...]
En ces jours-là, le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l'esprit qui reposait sur celui-ci et le mit sur les soixante-dix anciens. Dès que l'esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas. Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l'un s'appelait Eldad et l'autre Médad. L'esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s'étaient pas rendus à la Tente, et c'est dans le camp qu'ils se mirent à prophétiser. Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! » Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »
Méditation
Nous nous trouvons à un moment de l'histoire du peuple hébreu où Moïse est fatigué, démoralisé, désolé. Le peuple est au bord de l'anarchie ; pire, il est au bord de la rébellion contre le projet divin de le rendre libre. En ce temps où la cohésion du groupe risque d'éclater, Moïse en arrive à espérer la mort. Dieu, voyant que son peuple est perdu, fait appeler soixante-dix anciens qui deviendront des adjoints qui se mettent aussitôt à « prophétiser ». Ainsi la prophétie est liée non pas à un don extraordinaire, mais à l'autorité et à la sagesse. Plus tard, Moïse exprimera son rêve que tous soient prophètes, qu'ils soient un peuple de prophètes.
Nous avons ici les prémices de la Pentecôte. Ce jour où l'esprit de Dieu descend sur chacun des Apôtres, cet esprit appelé à se reposer sur chacun. Saint Paul parlera de nous comme du temple de l'Esprit saint. En chacun reposent les dons de prophétie, de sagesse et de force pour exercer des responsabilités, c'est-à-dire pour servir. Désormais, Dieu ne se manifeste plus seulement à quelques-uns, à la caste des patriarches, au groupe des prêtres. Désormais, nous bénéficions tous du même privilège, celui d'avoir part à l'esprit de Dieu. La vie en société sera facilitée si nous savons déployer le discernement en commun, l'écoute de l'autre jusqu'au bout.