Un songe les ayant avertis de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays » (Mt 2,12). « Un songe », littéralement : « pendant leur sommeil », nous dirions aujourd'hui : « pendant un rêve ». Les Anciens attribuaient aux rêves une très grande importance. Ils croyaient que les songes les mettaient en rapport avec le monde surnaturel et en communication avec des êtres surhumains, et certains d'entre eux, influencés par l'Orphisme, pensaient que l'âme s'éveille seulement lorsque le corps est endormi. Les songes sont fréquents dans la Bible, particulièrement dans l'Évangile de l'Enfance de l'apôtre Matthieu qui, pour bien marquer leur origine divine, fait intervenir des Anges. Pas toujours, il est vrai, et notamment dans le réveil des Mages.
Cependant, quitte à enfreindre le texte, l'imagier du Moyen Age recourt à la figure de l'Ange afin de visualiser l'avertissement céleste.

L'Ange et les Mages


Sur une miniature du Sacramentaire de Robert de Jumièges, qui date du début du XIe siècle, un Ange plane au-dessus des Mages qui, sous une même couverture, dorment tous les trois. Au chapiteau d'Autun, un Mage se dresse, son bras sort, ses yeux s'ouvrent : il est réveillé. Il ne s'est pas réveillé de lui-même, mais par l'intervention d'un autre, et cet autre est un Ange et l'Ange est le messager de Dieu. Avant d'aller plus loin, admirons le geste de cet Ange : d'un toucher délicat — presque un effleurement, mais d'un effleurement qui n'a rien de vague — de son index pointu, précis, impératif, il suscite le surgissement du sommeil. Il n'est pas indifférent que les deux autres Mages restent à dormir, car cela montre bien ce qu'est l'éveil. L'éveil n'est pas la veille. Loin d'être un état stable et permanent, l'éveil est un transit, le passage d'un état à un autre : du nocturne au diurne, de l'inconscient au conscient, de l'inactivité à l'activité, bref une transformation de notre mode d'exister qui ne peut prendre relief sans le rappel de ce qui était auparavant et dont on sort. L'éveil n'apparaît que sur fond de sommeil : « Éveille-toi, toi qui dors » (Ep 5,14). L'éveil nous arrache toujours à quelque chose. C'est un élan, un essor, un sursaut mais continûment expansible, un saut au-delà de soi-même.
Les yeux du Mage sont ouverts, mais ils ne regardent pas l'Ange.
Celui-ci ne fait point le geste de la parole comme dans les Annonciations, mais celui de toucher. Est-ce pour suggérer que l'avertissement divin ne s'est opéré que par une pression aveugle et sans représentation, intime et sans distance ? L'éveil n'est pas le réveil. On peut être réveillé par une cause extérieure : un bruit, une voix, une secousse. On peut être réveillé par un autre, on ne s'éveille que par soi, quand on s'éprouve et qu'on se sollicite intérieurement. Même s'il y a influence ou révélation venant d'ailleurs ou d'un autre, l'éveil ne commence qu'au moment où cela est approprié et vé...
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