Avec La Conquête de Xavier Durringer et Pater d’Alain Cavalier, sortis la même année en 2011, L’exercice de l’État de Pierre Schoeller montrait l’intérêt du cinéma français pour le politique. À la différence du premier qui pastichait le parcours de Nicolas Sarkozy et du deuxième qui interrogeait les codes du pouvoir, le film de Schoeller est une « fiction documentée » [1]. Moins film politique que film d’action en politique, « inscrit au plus près d’une réalité contemporaine sans que ce soit de l’actualité » et donc « dégagé de toute idéologie » [2], le film parvient à « incarner » le rapport à la chose politique de manière tout à fait crédible dans une intrigue où les personnages n’ont plus à conquérir le pouvoir mais à l’exercer. Il montre ainsi la politique « de l’intérieur », avec ses retentissements dans des histoires personnelles [3].
Le film, et c’est là où il est juste, ne se veut pas une dénonciation. Ni idéaliste ni caricatural, il propose une chronique, plausible et convaincante, du quotidien d’un ministre. Un quotidien fait de crises à gérer : urgences de l’actualité, liens avec les proches collaborateurs, rapports de force et conflits interministériels au sein du gouvernement, relations avec Matignon ou l’Élysée.
On sert l’État, mais on exerce le pouvoir. C’est pourquoi la dialectique de l’exercice tient de la quadrature du cercle puisqu’il faut « à la fois satisfaire le plus grand nombre, être en accord avec ses propres convictions, [...] et prendre en compte les réalités du terrain » [4]. À travers de multiples rebondissements, le film montre donc quelles « tensions morales » [5] provoque, chez ces hauts serviteurs de l’État, l’exercice du pouvoir.
 

L’accélération du temps


En pleine nuit, l’accident d’un car d’adolescents dans les Ardennes sort de son lit le ministre des Transports, Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet). Prévenu par Gilles (Michel Blanc), son directeur de cabinet, il retrouve sa directrice de communication Pauline (Zabou Breitman) dans la voiture qui les conduit à l’aéroport. En de brèves séquences, le film montre la réactivité de chacun. Comme dans un film d’action, Saint-Jean et Pauline montent dans un hélicoptère sous le vrombissement des moteurs. Dans les Ardennes, sous la neige, secours, victimes et journalistes font basculer le spectateur dans « une séquence émotion ». Dans la voiture qui les ramène à Paris, Saint-Jean rejoint le studio d’Europe 1 : Pauline a obtenu une spéciale à 6h30 avec Fogiel. Une urgence chasse l’autre. Sur RTL, le ministre du Budget Peralta a annoncé, sans concertation préalable, que la privatisation des gares était à l’étude. Sur Europe 1, Saint-Jean assure qu’il « ne [sera] pas le ministre de la privatisation des gares ». Il n’a pas encore quitté le plateau que l’un des écrans de télévision montre Peralt...
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