L'âme avait disparu de notre vocabulaire. Dans le même temps, on ne l'a peut-être jamais autant recherchée. Il suffit de considérer tous les discours autour du souffle, du repos, des loisirs qui aèrent, de la dimension spirituelle de nos vies.

Cette disparition du mot provient-elle de la malheureuse séparation, grecque puis cartésienne, entre corps et âme ? L'âme fut progressivement bannie de notre appréhension de l'humanité, car pas assez réelle, c'est-à-dire pas assez matérielle, quantifiable, observable, maîtrisable. Si l'âme a été oubliée, c'est que nous l'avons soupçonnée de fabriquer des arrière-mondes et aussi d'appartenir aux « vieilleries de nos grands-mères ». Pourtant, un petit livre de François Cheng sur l'âme et d'autres écrits récents nous rappellent la beauté et la centralité de l'âme.

L'âme est tout sauf abstraite, tout sauf éloignée de notre existence quotidienne. Car elle relève de ce fil vital, ou souffle mystérieux, qui nous conduit à l'existence et nous y tient. L'âme ne serait-elle pas cette composante invisible qui articule et relie les éléments si épars dont nous sommes composés ? L'âme ainsi approchée relève de ce que beaucoup cherchent en ces temps ! Nous croyons aussi que la tradition biblique a encore beaucoup à nous apprendre, qu'elle continue d'indiquer le chemin qui conduit au cœur de notre être. L'âme n'est-elle pas ce qui, en nous, réalise le désir de Dieu d'une créature à son image et à sa ressemblance, faite pour la vie et libre de la choisir ?

Il est temps d'oser réintroduire ce terme si beau, car il redonne goût à l'existence, il laisse place au mystère de la vie et à la créativité. User de ce mot ouvre déjà à l'unité et à l'apaisement.

 

À propos de l'illustration du dossier :

Une femme tend son visage vers la lumière. Lumière abondante, généreuse : les pupilles sont de brillantes perles noires qui ne craignent pas ce grand bain de soleil. La tête est renversée, comme pour boire : les cheveux pèsent un bon poids, la juste pesanteur pour que s’oriente le visage vers le ciel.

Ce visage n’est pas un ovale vide, miroir d’un soleil sans chaleur. Ce que l’âme cherche, à travers ces yeux qui écoutent et cette bouche qui semble retenir un oiseau, elle l’a déjà insufflé à l’oreille-coquillage, aux ombres du cou qui palpite, à la main droite qui esquisse un geste pour se lever.

Au bout de son geste, la main dira peut-être : « Pas tout de suite. Laisse-moi encore chercher ce qui m’illumine déjà ».

 

- Agnès Mannooretonil

 

Diplômé de l’école supérieure d’art graphique Penninghen, François-Xavier de Boissoudy est un peintre français contemporain. Son travail pictural figuratif, sans être narratif, s’inspire d’une rencontre spirituelle et de la lecture des Écritures bibliques. Son œuvre s’oriente donc vers le mystère de la présence invisible, de la relation, que ce soit dans le présente d’un paysage, d’une scène contemporaine ou dans la représentation d’une scène biblique. Par sa technique, qui privilégie le lavis d’encre sur papier, François-Xavier de Boissoudy déploie un langage qui tient à la mise en valeur par des encres sombres de la présence et de la lumière.

https://www.boissoudy.com/