« Peut-être que les statistiques ne le montrent pas, mais nous savons que, ces jours-ci, grâce à vous aussi, cette ville a grandi et elle est plus proche du royaume de Dieu. » Telle est la conviction que Léon XIV fait entendre, lors de sa rencontre avec les bénévoles, au terme de son séjour à Madrid, le 9 juin 20261. Le travail, la générosité et le sourire de quelques milliers de bénévoles pendant à peine trois jours ont fait grandir une ville de plus de trois millions d'habitants ! Nous voici renvoyés à la parabole évangélique du levain dans la pâte (Mt 13, 33), que Jésus fait entendre à propos du royaume des Cieux.
Dans sa première encyclique, Léon XIV précise cette pensée : « Telle est la bénédiction que nous implorons de Dieu et la tâche qui nous attend : être des bâtisseurs de communion et non des architectes de Babel ; des serviteurs du Royaume à venir et non des maîtres de donjons voués à s'effondrer2. » Le pape, s'inscrivant dans le fil de la tradition biblique, nous invite à travailler avec générosité et sans ambition personnelle particulière, à œuvrer à la communion entre les êtres et avec Dieu. Nous mettre au service du Royaume appelle à l'humilité, à la différence des concepteurs de la tour de Babel. Car œuvrer pour la communion, c'est reconnaître que nous avons plus en commun que nous ne souffrons de différences, c'est viser une relation apaisée et fructueuse entre tous, c'est nous laisser inspirer par un même Esprit, celui du Dieu qui a créé les plus petits des êtres vivants comme les étoiles. Or nous comprenons grâce au Christ que notre rédemption, c'est-à-dire notre entrée dans la vie en plénitude et dans la vie éternelle, ne se fera pas sans nous.
Le pape Léon XIV parle à cet endroit de gratuité. Gratuité de notre engagement, qui se vit « avec humilité et douceur ». Ne disposons-nous pas ici d'un « discours de la méthode » quant à notre engagement dans la cité ? Certes, il est des hommes et femmes qui vont consacrer leur vie à la politique, au point d'en devenir des professionnels (Jean-Marc Sauvé). D'autres le feront en s'engageant tout entiers sur le mode associatif ou militant, dont la portée politique sera indéniable (Thérèse du Sartel, Carlos López, Anne-Marie Pelletier). Et pourtant, la plupart d'entre nous plus modestement, à travers des actes simples et discrets au quotidien, pouvons participer à la qualité du lien social.
Car, par-delà le désenchantement politique qui continue de monter dans nos démocraties occidentales, il est une nouvelle génération qui continue de rêver et de se lever (Emmanuel Acker). Nous observons tout en même temps une attente de plus en plus forte quant à une délibération plus collective et à une forme plus participative de la vie démocratique (Benoît Ferré). Les sociétés démocratiques ont suscité au sein de leurs populations, de manière non programmée, un élan critique des institutions et du personnel politique. Les tensions montent et commencent à virer à la brutalité, à faire le lit des extrémismes populistes, à citer malproprement des thématiques religieuses (Vincent Morch). L'explosion politique semble à notre porte.
L'Évangile est né au sein de sociétés en crise, de populations si malmenées qu'elles étaient prêtes à se livrer au premier sauveur venu. La tradition chrétienne, à qui veut bien l'écouter, offre de précieux secours : interpellations, provocations, encouragements et repères (François Odinet, Marc Rastoin). Oui, cela est clair, le Dieu de Jésus Christ nous appelle à nous engager dans la cité terrestre, dans la mesure où nous nous laissons inspirer par le Royaume à venir. Telle est la source de notre espérance politique !