Ce passage des évangiles nous offre à voir l'une des rares scènes où Jésus entre en colère. Des ultras de la religion exigent du rabbi Jésus un signe patent pour que ce qu'il fait et enseigne soit signé de Dieu. Ils réclament un signe, c'est-à-dire une manifestation de Dieu concrète, tangible, évidente. En clair, ils attendent une épiphanie.
Or Jésus leur répond que tout est déjà sous leurs yeux ! Nul besoin de manifestations tonitruantes. D'ailleurs, leur fait-il remarquer, vous savez admirablement faire usage de votre intelligence. Vous savez distinguer le rouge du rouge menaçant. La Bible de Jérusalem précise : le rouge feu du rouge sombre. Ces hommes ne manquent donc pas d'intelligence, de même qu'ils ne manquent pas aux devoirs de leur religion.
Une chose leur manque cependant. Elle est essentielle. Leurs sens corporels ne sont pas reliés à leur sens spirituel. Ils sont capables de lire le ciel et ses couleurs comme un visage. Mais leur cœur est fermé lorsqu'il s'agit de lire les signes du Ciel, les signes de Dieu.
En fait, Jésus les convoque à changer de mode de lecture. Désormais, il importe que l'intelligence sensible et mentale se laisse informer par l'intuition spirituelle. Seule une telle conversion intellectuelle les aidera à changer de registre religieux. Car, désormais, Dieu ne se manifeste plus sous forme tonitruante, tel le Dieu des armées. Il est ici-bas, dans la discrétion au milieu de son peuple. Il s'agit de le percevoir dans l'ordinaire des jours, dans les visages alentour.
Cette conversion, qu'intime Jésus aux pharisiens et aux sadducéens, nous est adressée à nous aussi, bien sûr. Que voyons-nous au long de nos journées et de nos nuits ? Le croyons-nous assez ? Dieu se donne maintenant au milieu de nous.