« Chaque époque a une chose à penser. Une seulement. La différence sexuelle est celle de notre temps. » Martin Heidegger

Les premiers chapitres de la Genèse racontent en raccourci ce qu’il en est du monde, de l’être humain et de Dieu. Non comme un conte philosophique, mais depuis une confession de foi primordiale, celle de l’alliance de Dieu avec son peuple. Nous est racontée, en fin de compte, la complexité de la vie, depuis un lieu original : la sûreté que Dieu accompagne l’histoire, une histoire où rien n’est entièrement joué et où chacun n’est jamais définitivement prisonnier des événements.
Ce qui s’exprime ici est nourri de l’expérience du peuple d’Israël avec son Dieu. Expérience de la sortie d’Égypte où le peuple découvre un Dieu de liberté et de vie, expérience de l’alliance où il comprend que Dieu veut entrer en relation, en vue d’une vie partagée, d’un bonheur commun. Ces découvertes concernent tout l’humain et tout humain et non le seul peuple élu. Voilà pourquoi nous pouvons nous saisir de ces propos, les écouter — les recueillir en quelque sorte — et les laisser faire leur oeuvre. Ils convoquent à reconnaître ce qui fonde l’humain dans l’humain, aujourd’hui toujours. Et particulièrement la différence des sexes.
 

Premier récit (Gn 1,1-2,4)


Au fil des jours, l’univers advient sous le signe de la force maîtrisée, forme de douceur bien particulière, dont la parole est le chiffre d’or. C’est par elle que peu à peu le monde sort du tohu-bohu, s’organise, se différencie, se rend habitable pour l’humain, qui apparaît le sixième jour. Douceur encore, quand Dieu met un terme à sa création le septième jour, puisque sa puissance se manifeste par son repos confiant. Dieu offre la gestion active, la créativité à l’humain, et lui se retire.

Parler, dominer, maîtriser


En ce septième jour peut commencer le temps de l’humain, remis à sa liberté et à son pouvoir. Un humain, homme et femme, indissociablement et distinctement, créé au sixième jour : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il le créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et conquérez-la, dominez sur les animaux.” » Dieu domine par la parole, il en ira de même pour l’humain. Le pouvoir de la parole constitue l’humain, « mâle » et « femelle », image de Dieu. La parole est avant lui, car elle vient de Dieu. Mais la parole divine est déposée en lui 1 afin qu’il gouverne la terre et la fasse fructifier.
La division des sexes n’a pas été mentionnée à l’intérieur du règne animal. Or, pour la première fois, Dieu parle à un être : non plus « il dit », mais « il leur dit » (1,28). Il « leur dit » de dominer, donc de parler. L’homme qui parle est donc toujours déjà hélé, interpellé par Dieu. On voit peu à peu la parole surgir dans le lieu d’une différence entre Dieu et l’...
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