Les paroisses portent-elles la vie au-delà de leurs « frontières » ? Le soutien à la foi des uns contribue-t-il à un bien commun qui dépasse le seul service religieux ? L'auteur exprime son aspiration à ce que la paroisse constitue un espace de vie pour toute la communauté humaine. Mais cela n'est jamais assuré…

L'histoire se passe en 1949. Madeleine Delbrêl (1904-1964) vit à Ivry-sur-Seine avec quelques compagnes. Elle y a travaillé avec ardeur comme assistante sociale dans le service municipal. Après avoir vécu dès 1933 à l'ombre du clocher de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, elle fait le choix, en avril 1935, de quitter l'enclos paroissial et de louer une maison neutre, au 11 de la rue Raspail, à deux pas de la mairie, pour se tenir au plus près de la vie de tous les Ivryens. Elle y habitera pendant presque trente ans.

La maison devient rapidement ce qu'on appelle aujourd'hui un « tiers-lieu » d'Église. La maison est résolument ouverte sur le quartier. Madeleine et ses amies y prennent des initiatives de rencontres orientées vers les incroyants, parce qu'il leur semble qu'elles ne vont pas assez loin, avec ceux qu'elles connaissent, dans le partage de l'Évangile. Leur maison grouille de vie : « L'hospitalité, écrit-elle, c'est que les autres se sentent chez eux chez nous. »

En 1949, l'abbé Widemann, qui vient d'être nommé curé de la paroisse, ne semble pas bien comprendre la démarche d'ouverture que Madeleine et ses compagnes cherchent à vivre. Il s'étonne de moins les voir entre les murs paroissiaux. Madeleine, qui aime que les choses soient claires, lui adresse une réponse qui garde pour aujourd'hui toute sa pertinence. Elle pose les jalons de la mission d'une paroisse, qui dépasse infiniment les contours d'une communauté qui se rassemble autour de son clocher.

Dans la longue lettre qu'elle lui adresse1, Madeleine fait le constat – toujours actuel – que la paroisse « est à peu près coupée de tout milieu incroyant, en tant que communauté » et « que la plupart des chrétiens qui la composent sont eux-mêmes coupés, spirituellement, du milieu incroyant dans lequel ils vivent : quartier, travail ». Elle constate « que beaucoup se situent vis-à-vis de ces milieux incroyants, souvent en indifférents, souvent aussi en adversaires » et que « beaucoup ignorent tout de la perspective dans laquelle le christianisme s'inscrit aux yeux des incroyants ». « Cela, dit-elle, les rend comme étra...


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