Comme dans toute histoire person­nelle, j’ai eu à connaître des étapes heureuses et d’autres malheureuses. Après certains moments-clés, après une blessure ou une confrontation avec mes manques et mes faiblesses, après des expériences « frustrantes », j’ai pu commencer un nouveau chemin de croissance, des portes se sont ouvertes lorsque toutes les fenêtres semblaient se fermer. Expériences positives et ex­périences négatives m’ont amenée à développer des potentiels que j’ignorais ; j’ai découvert de nouvelles facettes de ma personnalité, de mon tempérament, et j’ai beaucoup appris sur l’être hu­main. La relation pleine de délicatesse avec des amis, accompagnateurs, soeurs de communauté ou simples gens du peuple m’a révélé quelque chose de nouveau afin de poursuivre le chemin. « Lève-toi et mange, car le chemin est long » (1 R 19,7).  
 

Du dynamisme à la crise


La première expérience qui me vient à l’esprit et au coeur est celle j’ai vécue in­tensément entre les années 1975 et 1977 – années d’élan conciliaire. La vie reli­gieuse entra dans un grand renouveau, et cela bouleversa tout ce qui avait été établi jusqu’alors. Je n’avais pas encore fait de voeux définitifs. La congrégation à laquelle j’appartiens se lança dans un long processus de recherche et de trans­formation pour répondre à Vatican II et à la situation du monde. Il y eut de l’air frais et de nouveaux dynamismes, mais aussi de grandes crises. Nous avons vu partir de nombreuses soeurs amies, des formatrices, des responsables, des per­sonnes considérées comme très solides dans leur vocation ; nous avons vécu des moments de confusion, de désunion, de méfiance. À cette époque aussi, un de mes frères quitta la Compagnie de Jé­sus : il m’était très proche, et je m’iden­tifiais à lui dans mes recherches, mes points de vue, mes désirs de servir.
Ce furent des temps profondément douloureux : toutes mes certitudes s’écroulèrent, mes modèles chancelè­rent, doutes et questionnements me bousculèrent, en même temps que les liens affectifs avec maintes personnes connaissaient des transformations, voire des ruptures, à tout le moins des mises à distance. Tout cela, en frappant au coeur de mes choix, au coeur de mon assurance personnelle, me laissa dans un état de grande fragilité et de fort blocage dans mes relations avec les autres ; j’avais à la fois grand besoin de tendresse, de reconnaissance, et peur de toute proximité affective, peur d’être désolée, de me laisser aller.
 

Un temps privilégié

 
En 1976, j’ai pu vivre les Exercices spirituels de trente jours qui me permi­rent de tout réviser et de m’interroger sur le sens de ma vie : faire une nouvelle élection et confirmer l’appel de Dieu pour ce style de vie. J’ai souvent pensé que celle qui avait fait cette seconde élection était déjà une autre personne. Les Exercices ne me donnèrent donc pas un chemin tout fait, pas plus qu’...
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