Propos sur la racine des légumes est un recueil de maximes composé à la fin de la dynastie des Ming, entre 1607 et 1612, à un moment où Matteo Ricci (1552-1610) prenait pied à Pékin. C'est un moment où la Chine traverse des évolutions politiques et économiques importantes qui conduisent certains lettrés à se « retirer » loin des contraintes sociales et à chercher une forme de sublimation esthétique du décalage entre réalité et discours de l'orthodoxie d'État. Ce climat est favorable au syncrétisme entre les trois courants du confucianisme, taoïsme et bouddhisme, ce qui rend la classification de ces Propos difficile et renvoie plutôt à une forme concrète de spiritualité ou d'éthique ébauchée par la succession des sentences. En ce sens, les Propos font penser à Baltasar Gracián (1601-1658), un autre jésuite, en invitant à « laisser vivre, pour vivre ». Autrement dit, l'effort lettré n'est pas renié par les Propos, mais le lettré est invité à une forme de détachement, qui est aussi une protection contre les blessures et les frustrations infligées par les contraintes de la vie publique. Ces Propos sont aussi une invitation à revenir à la nature et à la racine des légumes, partie souvent ignorée ou méprisée, mais qui se révèle nourriture pour celui qui sait la mâcher et en savourer la fadeur, symbole du goût de l'invisible essentiel de la vie ordinaire. Tenir ensemble idéal d'une vie vertueuse et heureuse, sans devenir idéaliste et blesser le réel au nom des idées, tel semble être l'idéal de ces Propos : « Une terre souillée d'excréments est plus fertile, une eau pure n'est pas toujours poissonneuse. C'est pourquoi l'être noble doit laisser subsister en lui une part d'impureté au lien de vouloir se distinguer par une pureté sans défaut » (p. 84).
Propos sur la racine des légumes
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