« Prince de paix », tel est l'un des beaux noms de Jésus Christ. Nous le contemplons entrer dans Jérusalem sur un ânon, sous les acclamations d'un peuple unifié et joyeux, comme si chacun avait trouvé en lui-même ce lieu sûr, le roc, la sagesse dont parlent les Écritures à propos de Dieu. Dès le lendemain pourtant, la furie populaire engendrera un crime ignominieux entre tous.

Certaines analyses bien documentées nous disent que guerres et famines touchent moins les populations aujourd'hui qu'hier. Mais nous voyons au contraire s'ajouter à de nouveaux conflits la détresse écologique, des migrations toujours plus intenses et une pauvreté qui ne disparaît pas. Non, décidément, l'humanité n'est pas en paix.

La tradition biblique ne cesse pourtant pas de nous promettre la paix. L'entrée de Jésus à Jérusalem n'était pas une mascarade. De manière déterminée, le Verbe de Dieu venait pour que l'humanité trouve enfin le chemin de la paix et que chacun retrouve sa vocation première de créature reposant tranquillement sur son Créateur et Libérateur. Se laissant inspirer par la manière de faire de Dieu, les hommes et les femmes sont appelés à traverser les épreuves sans tourments profonds, et surtout sans s'infliger d'épreuves les uns aux autres. Avec le Christ, nous comprenons mieux que cette promesse repose sur une Alliance : Dieu donne la paix à une humanité appelée à s'engager pour elle, à participer à son accomplissement.

Or nous reconnaissons une déchirure en nous à l'endroit même du désir de paix, que nos attentes et nos penchants contredisent. Par ailleurs, œuvrer en ce monde pour la justice ne conduit pas à une vie paisible. Les temps de guerre, en particulier, conduisent l'artisan de paix à des cas de conscience. Pour reprendre le titre d'un livre de frère Roger, lutte et contemplation sont souvent liées. Paradoxalement, la paix dans nos sociétés comme la paix au fond de nos cœurs nécessitent un combat, un combat spirituel. Les Pères du désert offrent de précieux conseils à ce propos et invitent même à penser que ce combat intérieur sera à mener jusqu'à nos derniers jours.

Face à ce paradoxe, la foi chrétienne invite à ne pas tomber dans le désespoir. Elle propose une issue : la réconciliation. À la jonction entre la vie de chacun et le bonheur de tous, cette paix-là, qui ne peut être envisagée sans le concours de tous les hommes et femmes de bonne volonté, est un autre nom de l'espérance. Cette voie nous conduit, selon les mots du pape François, à « ne pas laisser les tambours de guerre étouffer le désir de vie et du bien qui bat dans le cœur de chaque personne ». Il s'agit de se comprendre comme humble serviteur de la mission du Christ qui seul sauve. Il s'agit finalement de retourner sans cesse à la source de nos existences.

Avec la Communauté de vie chrétienne (CVX)

Ce numéro hors-série de la revue Christus est le fruit d'un partenariat avec le Congrès national de la Communauté de vie chrétienne en France qui, en juillet 2025, aura pour thème : « Artisans de paix, aux carrefours du monde, venez à la source ». Les articles sélectionnés déploient ce thème de façon progressive en trois parties : « Désir de paix et combat », « Aux sources de la paix, la parole de Dieu » et « Artisans de paix ». Puissent-ils vous inspirer et vous encourager à continuer le combat pour la paix !