Nous ne pouvons pas être chrétiens sans nous ouvrir à l'étranger dit l'Évangile (Mt 25). Mais comment surmonter nos peurs, comment agir avec un cœur généreux mais sage et intelligent malgré tout ? Oser la rencontre : voici le chemin qui nous est proposé comme source de vie et de joie, pour nous comme pour celui qui est accueilli.

Christus : Pouvez-vous vous présenter et préciser pourquoi vous vous sentez concernés par l'arrivée de tant d'hommes et de femmes, aujourd'hui dans notre pays ?

Véronique Albanel (philosophe) : Je suis mariée et mère de famille. J'ai exercé pendant plusieurs années le métier de juge administrative, où j'ai été confrontée aux reconduites à la frontière. C'est un souvenir difficile, et je suis parvenue à la conclusion que la justice dit d'abord le droit, et que ce droit n'est pas toujours juste. Après cela, j'ai fait des études de théologie et de philosophie jusqu'au doctorat en philosophie. J'enseigne maintenant la philosophie politique. Le cœur de mes recherches porte sur le rapport entre religion et politique. Le cœur du cœur, c'est mon engagement au Service jésuite des réfugiés (JRS), que j'ai rejoint lors de sa fondation en France, en 2006, en quête d'un enracinement dans l'expérience. C'est d'ailleurs là qu'a commencé JRS-Welcome, c'est-à-dire l'accueil de demandeurs d'asile dans des familles et des communautés religieuses, en vue d'une authentique rencontre humaine. Notre famille a ouvert sa porte depuis une petite dizaine d'années maintenant. Nous vivons cette expérience comme une joie, celle de se rendre attentifs, en famille, à l'accueil de l'étranger (Mt 25,38). Mais cette expérience nous a également enracinés dans la conviction profonde que, dans cet écart gigantesque entre nous qui avons tout pour vivre et eux qui ont tout perdu, c'est d'abord nous qui avons besoin d'eux. Et nos jeunes, à l'adolescence en particulier, quand ils sont en perte totale de repères et de sens, retrouvent là un souffle vital. Les migrants nous apportent une force de vie qui m'étonne moi-même. Où puisent-ils cette résilience ?

Philippe Demeestère (jésuite, à Calais) : Pour ma part, je suis jésuite. J'ai longtemps travaillé auprès des populations les plus défav...

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