Facteurs de dérégulation mais aussi d'enrichissement, les émotions sont traitées différemment selon les visions du monde et les spiritualités qui les accueillent. Comment le bouddhisme en tient-il compte ? Comment les régule-t-il pour les intégrer dans la voie de l'Éveil ?

Si l'émotion est une réaction physiologique d'adaptation de l'organisme le préparant à répondre aux sollicitations de son environnement, elle est plus précisément, selon son étymologie, ce qui « met en mouvement », ce qui « fait sortir hors de ». État à la fois somatique et psychique, elle s'installe soudainement et dérégule l'état affectif et mental de l'individu. À la différence du sentiment qui suppose une élaboration psychique et qui est plus diffus et persistant, elle est généralement brève, brutale, déstabilisatrice.

Les quatre nobles Vérités

La vie est souffrance. Les trois premières rencontres du prince Siddharta découvrant un vieillard, un malade et un cadavre lui font prendre conscience que tout est souffrance et perpétuel changement. Ainsi de « l'âme » qui n'est en réalité qu'une combinaison de forces physiques et mentales relatives aux cinq agrégats – matière, sensation, perception, formation mentale et conscience – qui la constituent. Selon une métaphore du Bouddha, le corps est semblable à un flocon d'écume, la sensation à une bulle qui crève à la surface de l'eau, la perception à un mirage, les formations mentales au tronc fallacieux du bananier qui ne cesse de se déployer en feuilles, l'intellect ou la conscience au singe qui saute de branche en branche. On est loin du « Je pense, donc je suis » de Descartes ! Cette doctrine du non-soi (anatta) est radicale. Pour le bouddhiste, cette perspective, loin d'être pessimiste, est non seulement réaliste mais joyeuse, car le dévoilement de ce qu'est vraiment le réel ouvre la perspective d'une libération.

L'attachement provoque la souffrance. La soif d'exister, d'avoir, de savoir, de pouvoir fait naître en effet l'attachement. Celui-ci est lié à l'ignorance de notre vraie nature, à la fausse idée d'un moi subsistant.

Le remède consiste alors à se libérer des attachements en atteignant le Nirvâna. Ayant pris conscience de l'origine de la douleur on peut s'exercer à sa suppression. L'extinction du désir – le Nirvâna – se vit...

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