La piété populaire, souvent opposée à la vie spirituelle et à la vie liturgique, est considérée à tort comme une manifestation moins théologique de la foi. Cet article propose de montrer ce qui sous-tend la force spirituelle et évangélisatrice de cette forme de pratique.
 

Rencontrer des personnes qui portent au cou une médaille de la Vierge, un chapelet entre les doigts ou qui se marquent du signe de la croix en passant devant une église peut provoquer des réactions de gêne, voire de dédain. Toutefois, dans une métropole comme Paris, ces manifestations de la foi sont courantes. Il suffit de passer par la rue du Bac ou même de gravir la colline de Montmartre pour être témoin de ces gestes de foi. Cependant, à l'exception de certains lieux de pèlerinage comme Lourdes, des attitudes qui relèvent des « pieux exercices »1 ne sont pas toujours bien accueillies ni intégrées, y compris dans des églises.

La piété populaire, avec son fort penchant « épiphanique », spontané et corporel, comprise de manière erronée comme une manifestation moins noble, moins réfléchie, voire moins « théologique » de la foi, est opposée à la vie spirituelle et à la vie liturgique, entendues quant à elles comme de véritables expressions de la foi. Deux perspectives théologiques différentes se font ainsi face : « la communication intérieure de l'Esprit saint et la manifestation sensible du Verbe incarné »2, l'une étant pneumatologique et l'autre christologique. Le jeu d'opposition entre profondeur et superficialité, périphérie3 et centre, cache un débat sur le rapport entre les sens extérieurs, ou corporels, et les sens intérieurs, ou spirituels4. La tradition chrétienne a mis l'accent sur la discontinuité entre les sens corporels et les sens spirituels, depuis Origène en passant par Grégoire de Nysse, Bonaventure, Jean de la Croix, etc. Pourtant, ces grands maîtres spirituels ont souvent eu recours à une analogie entre les sens corporels et les sens spirituels, afin de mieux faire comprendre ces derniers par une approximation positive ou négative, selon la réalité spirituelle conce...


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