Yves de Kergaradec s.j.
Centre spirituel Manrèse, Clamart.
 
Dernier article paru dans Christus : « Sentir avec l’Église : une méditation » (n° 224, octobre 2009).
 
 
En un temps où la chrétienté se déchirait entre diverses confessions et où les conquérants se disputaient le monde, Ignace de Loyola a choisi de servir le Seigneur seul et l’Église. « Croyant qu’entre le Christ notre Seigneur, l’Époux, et l’Église, son Épouse, le même Esprit nous gouverne et nous dirige pour le salut de nos âmes », il a fondé la Compagnie de Jésus sur le voeu d’obéir au Pape en tout ce qu’il ordonne pour le bien des âmes. Sûr que les Exercices spirituels portent des fruits de vie, il a pourtant voulu qu’ils soient soumis au Souverain Pontife et qu’ils reçoivent de lui leur autorité. « En effet, c’est par le même Esprit et Seigneur, qui donna les dix commandements, que notre sainte Mère l’Église est dirigée et gouvernée » (365). En elle, grâce à lui, l’Évangile du Fils est accueilli et proclamé, à la gloire du Père.

L’attente de l’Église

« On appelle exercices spirituels toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi tous les attachements désordonnés et […] pour chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie en vue du salut de son âme » (Ex. sp. 1). Un frère ou une soeur nous a guidés sur ce chemin. La gratitude et la mission nous pressent de l’ouvrir à beaucoup d’autres. L’Église nous envoie donner les Exercices. Elle entend que nous le fassions avec la rigueur et la liberté qui sont la marque de l’Esprit.
Fondée sur un dialogue où chacun veut servir la vérité, la manière d’Ignace exige autant de bienveillance que de franc-parler (Ex. sp. 22). La loi de celui qui dirige est de laisser « le Créateur agir immédiatement avec sa créature et la créature avec son Créateur et Seigneur » (15). Toujours discret, il intervient pour que le retraitant trouve en Dieu seul ce qui est bon pour lui. Il ne cherche pas à orienter ses choix ni à « connaître ses pensées propres ou ses péchés ». Attentif aux « agitations et pensées que lui amènent les divers esprits » (17), il lui transmet les règles du discernement qui peuvent l’éclairer (313-336). Si ne survient « aucune motion spirituelle comme sont les consolations ou les désolations », il l’interroge en détail, mais seulement pour voir comment il fait ses exercices : avec quel soin, aux temps prévus (6)… Annotations, préambules, points de prière, additions, règles et remarques sont là pour baliser la route et s’effacer aussitôt que Dieu s’est rendu présent.
Avant de donner à quelqu’un les Exercices, nous vérifions s’il est bien mû...
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