On parle parfois de gouvernement spirituel quand la responsabilité de gouvernance s’applique à un groupe religieux (diocèse, congrégation, mouvement) et il existe bien des livres sur les principes et fondements spirituels du gouvernement selon Ignace de Loyola notamment. Le rôle du supérieur consiste à permettre l’action de l’Esprit dans la communauté, à se faire avec les autres en quelque sorte l’instrument de l’Esprit [1]. Ignace de Loyola, par sa pratique, ses faits et gestes, dans son abondante correspondance, a laissé des principes qui ont traversé les siècles. Et nombre de ses successeurs n’ont pas été en reste.
La réflexion partira plutôt ici de l’expérience : quelle expérience de l’Esprit occasionne une responsabilité de gouvernement ? Comment concilier l’action de l’Esprit avec un agir rationnel et très concret ? Quels sont les enjeux spirituels d’un gouvernement ? Le point de départ sera que la personne qui gouverne est conduite à vivre diverses expériences spirituelles qui ont pour objet même sa mission de responsabilité, les religieux qu’elle envoie, les communautés et les missions qui sont celles de sa congrégation. En donner l’un ou l’autre exemple conduira à revisiter quelques considérations sur l’art de la gouvernance puis à regarder quelques figures dont la responsabilité a été vécue dans la cohérence d’une personnalité unifiée dans sa mission.

 

Expériences

 

La supérieure générale d’une congrégation religieuse est élue lors d’un chapitre général dit « d’élection ». Le mot est fort et peut s’entendre de plusieurs façons. Le terme a sans doute d’abord dans notre culture une connotation électorale. Les citoyens sont appelés régulièrement à élire président de la République, députés, conseillers municipaux… Un chapitre général de congrégation élit, par bulletins de vote, celle qui gouvernera un institut pendant quelques années, selon des constitutions. Mais le substantif a fondamentalement, pour celui qui se nourrit des écritures bibliques, un autre sens. Dans la Bible, Dieu choisit, élit un peuple pour faire alliance, des chefs pour le conduire, des prophètes pour lui parler. Jésus choisit des disciples, des Apôtres, les Douze, pour qu’ils soient avec lui (cf. Mc 3,14) et que la Bonne Nouvelle soit annoncée. L’élection par Dieu dit son initiative gratuite et libre qui provoque souvent surprise et étonnement chez celui qui est élu pour une mission, envoyé dire ou faire ce à quoi il ne s’attendait pas.
 

Disponibilité à l’Esprit


Nanni Moretti ouvre son film Habemus papam (2011) par l’élection d’un pape inattendu. Le déroulement de l’élection se déploie sur un certain temps, avec des papiers où chaque cardinal écrit un nom, le plie, le met dans une urne. Suit le processus de dépouillement : bulletin déplié, remis au président de séance qui proclame le nom pendant que le secrétaire l’inscrit… Ce rituel précis et lent...

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