Un an a passé depuis l'élection de Robert Francis Prevost comme pape sous le nom de Léon XIV. Les observateurs patentés comme les fidèles ont vite compris ce qui l'anime profondément : « la paix », à la fois ligne de conduite proposée à l'Église, désir pour le monde, mais aussi passion personnelle.
Cette insistance sur la paix et l'unité est davantage que la réponse d'un pontife à la situation du monde et de l'Église. Il s'agit d'une préférence enracinée dans le cœur d'un homme qui a choisi dans sa jeunesse de laisser sa vie être formée dans la règle de saint Augustin. Comme pour François, la question est posée (avec curiosité et peut-être une forme d'inquiétude) de l'influence d'une tradition particulière – celle de l'ordre des Augustins – sur la manière dont Léon XIV conduira l'Église. Plus encore, vu l'incidence du moindre de ses gestes sur l'Église, il est compréhensible que chacun se demande « de quel bois spirituel » se chauffe notre pape. Un petit livre se propose ainsi de faire entrer le lecteur « au cœur de la pensée et de la spiritualité du pape Léon XIV », à travers un choix de textes inédits, essentiellement des homélies prononcées dans diverses églises du diocèse de Chiclayo (Pérou), mais aussi des discours et des interviews. On ne s'étonne plus de l'emploi du terme « spiritualité » comme un presque synonyme de « personnalité ». Rappelons pourtant, avec Dominique Salin, qu'il n'y a pas autant de « spiritualités » que de chrétiens ! (Voir notamment « À propos des “grandes spiritualités” chrétiennes », dans Spirituels modernes. Portraits et doctrines, Éditions Loyola, 2025, pp. 9-28.) Pour résumer un peu cavalièrement, il n'y a qu'une spiritualité chrétienne et elle est une « histoire d'amour avec le Christ ». Vu sous cet angle, ce petit recueil de textes du pape dessine bien le portrait précis et passionnant d'un chrétien qui, dans ce que sa vie a d'unique, cherche à « faire l'expérience du Christ ». Une voix propre se fait entendre, d'abord, sans emphase, soucieuse de rejoindre ceux qui l'écoutent : Prévost fut un éducateur à l'écoute. On sent ensuite l'accent mis sur une foi qui s'éprouve dans l'expérience : « La religion doit se traduire par un style de vie. » Enfin, dans une grande fidélité au ministère épiscopal de saint Augustin, Léon XIV se montre attaché par-dessus tout à « la recherche de la vie en communauté, cette grande quête », d'où découle tout le reste, notamment la recherche de la vérité. Ainsi se sent-on appelé, au terme de cette lecture, non pas à imiter la « spiritualité de Léon XIV » mais à retrouver le goût de « marcher ensemble », « en vivant dans l'unité, en cherchant toujours la vérité, en promouvant toujours la charité ».