« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger », selon le mot de l'auteur latin Térence. Dans le sillage du philosophe Giorgio Agamben, Martin Steffens s'interroge sur ce qui nous fait humains ou plutôt ce qui fait que nous rangeons certains êtres au rang de l'inhumanité, en un geste discriminant « qui vise mon semblable comme n'étant pas mon semblable ». Comment rompre avec cette tendance mortifère illustrée par les phénomènes totalitaires du XXe siècle et jusqu'aux exclusions d'aujourd'hui, à l'égard des migrants, par exemple ? D'où l'invitation à pratiquer cette « métaphysique des marges », à renouer au plan spirituel avec le « pari franciscain », même si l'auteur fait aussi preuve d'un fort attrait pour le modèle bénédictin. À l'heure où l'on insiste sur le commun et sur l'identité, cette réflexion sur les frontières de l'humain – un pape récent aurait sans doute parlé des « périphéries » – est incontestablement stimulante.