En juillet 1537, Ignace de Loyola est à Venise où ses compagnons de Paris l'ont rejoint en janvier. Dans une lettre du 24 juillet 1537 à Jean de Verdolay, il parle de leur arrivée : « De Paris sont arrivés ici, à la mi-janvier, neuf amis dans le Seigneur, tous maîtres es Arts et assez versés en théologie ; quatre sont Espagnols, deux Français, deux de Savoie et un du Portugal » 1. Parmi eux, Xavier le Navarrais et Pierre le Savoyard.
« Amis dans le Seigneur » : devenue classique pour désigner le groupe des dix premiers compagnons, l'expression semble n'être utilisée qu'une seule fois par Ignace, et on ne la retrouve pas dans les textes fondateurs de la Compagnie. Elle exprime pourtant bien la nature du lien qui unissait les dix étudiants parisiens qui s'étaient décidés d'un commun accord à suivre le Christ de plus près 2. Au-delà de la diversité de leurs origines respectives et de leurs opinions divergentes, c'est bien l'amitié qui les réunissait en « une seule et même pensée et volonté, qui était de rechercher le bon plaisir et la parfaite volonté de Dieu selon la visée de leur vocation » (E 277).
 

Face à la dispersion, la communication


Pour que le groupe ait quelque chance de survivre à la dispersion imposée par leurs engagements apostoliques, il fallait à tout prix préserver cette amitié. C'est ce qu'ils avaient conclu durant le carême 1539, au terme d'une délibération qui a donné naissance à la Compagnie : leur amitié était un don de Dieu qu'ils devaient sauver. Ils décidèrent donc de rester « tellement attachés et liés entre eux en un seul corps qu'aucune séparation physique ne puisse les séparer ». Mais l'amitié ne saurait rester purement platonique sous peine de se perdre. L'amour, qui doit se mettre dans les actes plus que dans les paroles et qui consiste en un échange ou une communication réciproque (cf. Ex. sp. 230-231), appelle un corps, un minimum de structure qui lui permette de s'incarner.
Si la dispersion faisait éclater physiquement la communauté, elle renforçait le lien spirituel et affectif qui unissait les amis entre eux. Désormais, en s'éloignant pour la mission, ils ne partiraient pas individuellement mais seraient envoyés par le groupe. Favre écrit : « Je demande à la divine Majesté qu'elle daigne nous accorder la grâce que plus nous serons dispersés physiquement, plus nous soyons enracinés solidement dans cet esprit qui nous unit pour les siècles des siècles » (FM 34). Comment, dès lors, concrétiser le lien qui unit entre eux ceux qui sont dispersés, et sauvegarder la « communication réciproque »? Il y a certes la mission reçue des supérieurs, qui rattache les membres au corps. Mais il y a aussi l'échange épistolaire, la correspondance. C'est par elle que le jésuite isolé va rester en communion amicale avec les amis envoyés au quatre coins du monde. Polanco le dit clairement dans une lettre sur la tenue régulière de la...
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