30, Fifth Avenue : telle était adresse de l'appartement de Jacques et Raïssa Maritain lors de leur exil à New York durant les années de guerre. Sous ce titre est proposée l'édition du premier tome de leurs carnets, scrupuleusement établie par Dominique et René Mougel avec les annotations détaillées de Michel Fourcade. On plonge dans le quotidien du philosophe, habité par son combat inlassable de résistance spirituelle au nazisme doublé de son travail d'écriture, soucieux de ses relations parfois complexes avec la France libre et incarnant une conscience forte qui s'exprime notamment dans À travers le désastre (1941), publication qui sera largement diffusée en France occupée. Mais l'on partage aussi, dans ces carnets, l'intimité de Raïssa Maritain, sa vie spirituelle, ses longs moments de tristesse, le drame de l'exil et de la fin d'un monde qu'elle retracera de manière bouleversante dans Les grandes amitiés (1949). Largement ouvert, leur appartement new-yorkais saura se faire aussi accueillant à bien des rencontres d'exilés, à l'instar du couple Chagall ou du dominicain Marie-Alain Couturier. En une période troublée qui rappelle parfois la nôtre, ce double souci d'un regard de lucidité politique sur le monde et d'une intensité de vie en Dieu demeure comme une interpellation vivante au lecteur.
On peut lire aussi les actes d'un colloque de 2024 qui est revenu sur les années où Jacques Maritain était ambassadeur auprès du Saint-Siège (Les Maritain et Rome, dirigé par Augustin Laffay, Institut Français – Salvator, « Les Cahiers du centre Saint-Louis », 2025, 438 pages, 23 €).