« David et Abishaï arrivèrent de nuit, près de la troupe. Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp, sa lance plantée en terre près de sa tête ; Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui. Alors Abishaï dit à David : “Aujourd'hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d'un seul coup, et je n'aurai pas à m'y reprendre à deux fois.” Mais David dit à Abishaï : “Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l'onction du Seigneur ?” Puis David ajouta : “Par la vie du Seigneur ! C'est le Seigneur seul qui le frappera, soit que son jour arrive et qu'il meure, soit qu'il descende au combat et qu'il y périsse. Que le Seigneur me préserve de porter la main sur lui, le messie du Seigneur ! Et maintenant, prends donc la lance qui est près de sa tête avec la gourde d'eau, et allons-nous-en.” David prit la lance et la gourde d'eau qui étaient près de la tête de Saül, et ils s'en allèrent. Personne ne vit rien, personne ne le sut, personne ne s'éveilla : ils dormaient tous, car le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. David passa sur l'autre versant de la montagne et s'arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance. Alors David cria en direction de la troupe […]. Saül reconnut la voix de David et dit : “Est-ce bien ta voix, mon fils David ?” David répondit : “C'est ma voix, mon seigneur le roi.” […] Saül dit : “J'ai péché. Reviens, mon fils David ! Je ne te ferai plus de mal, puisque ma vie a été aujourd'hui si précieuse à tes yeux. Oui, j'ai agi comme un fou et je me suis lourdement trompé.” David répondit : “Voici la lance du roi. Qu'un jeune garçon traverse et vienne la prendre !” »
Le récit biblique ne cache pas les méfaits, infidélités et exactions meurtrières de David. Cependant, Dieu révèle que sa bénédiction n'est aucunement freinée pour passer à travers un homme, même si ce dernier est empêtré dans ses limites et succombe à de graves péchés. En ce sens, David fait figure de gouvernant exemplaire dans l'histoire d'Israël.
Ce bref passage du premier livre de Samuel met en avant la grandeur d'âme d'un homme inspiré. David, choisi par Dieu pour remplacer le roi Saül (1 S 16), ne se réclame pas de cette onction divine. Il semble attendre patiemment que les événements lui permettent de confirmer le choix de Dieu et d'accéder éventuellement au trône du pays de Juda et d'Israël.
À ce moment de l'histoire, Saül vient de partir en campagne avec une armée très nombreuse en vue de se débarrasser de David et de ses quelques centaines de compagnons. Une nuit, par l'effet de la Providence et de l'habileté de David, la capture, voire le meurtre, du roi déchu est à portée de main. Cependant David s'y refuse. Sa probité, manifestée au grand jour, émeut le cœur du roi au point de mener à une réconciliation.
Nous disposons là d'un exemple de belle retenue politique. Une telle sagesse, dans le tumulte du combat pour le pouvoir, réjouit et interroge. Il est étonnant que David préfère la paix au point de passer pour un naïf et de risquer sa vie. Est-il donc possible de respecter l'adversaire au risque d'affaiblir sa propre ascension ? Tel est l'enseignement biblique en matière politique : avec Dieu, le meilleur de l'humanité peut se déployer.
Thierry Anne