Albin Michel, 2024, 240 p., 17,90 €.

Comment vivre avec l'irréparé et l'irréparable de nos vies ? Nourrie notamment de son expérience des lieux de privation de liberté et de sa pratique de psychanalyste, Isabelle Le Bourgeois, religieuse auxiliatrice, souligne comment ces deux dimensions « sont inséparables », exprimant « la blessure, la vulnérabilité, la finitude, la précarité du bonheur, la difficulté de vivre et d'accepter de n'être que soi ». Mais les deux ne se confondent pas. « L'irréparable est du côté du définitif, du non réparable, de ce qui a eu lieu et restera à jamais comme l'accident, la destruction, la mort, etc. L'irréparé, lui, est en quelque sorte sa trace, sa conséquence, sa suite, signifiant ainsi ce qui subsiste, visiblement ou non, des atteintes causées par l'irréparable. » Isabelle Le Bourgeois invite à ne pas se résigner et à travailler pour retrouver en nous des sources de vie, une forme de « liberté joyeuse ». Cette conviction s'incarne dans l'évocation de personnes blessées, victimes d'abus dans l'Église, d'humiliations, de peurs ou de maltraitances les empêchant de s'aimer elles-mêmes et de se reconstruire. Ces prénoms et ces visages nous renvoient l'importance du travail d'écoute, mais aussi la question du Mal, de l'ambivalence de la relation à l'autre et aussi parfois cette figure du « Dieu pervers » dont parlait Maurice Bellet. Et s'il y avait de l'irréparé en Dieu ? La Genèse, qui pose la Création comme séparation, et la figure du Christ, « Ressuscité irréparé », conduisent en ce sens. Un Dieu fiable se révèle alors qui nous offre le don de la vie. Nous sommes désormais bien loin d'une figure divine effrayante ! Assumer nos vies avec l'irréparé invite à se garder de quelques illusions ou tentations, comme celle d'une pureté hypothétique, celle de « nier l'irréparable » sans le regarder en face ou en doutant de la parole de la victime, par exemple, celle d'un pardon qui ferait disparaître comme par enchantement « l'inflation de la culpabilité » ou le sentiment de honte. Un témoignage puissant, qui montre aussi tout le profit que la psychanalyse peut apporter dans ce travail de relèvement de soi.