Moines, religieux et consacrés sont, dans l'Eglise de ce temps, confrontés à de nouveaux défis, dans leur désir de vivre l'Annonce et de rendre témoignage au Christ ressuscité. Dans cette chronique à plusieurs voix, certains d'entre eux racontent ce qui change, dans la visée de la mission comme dans la manière de l'entreprendre, en lien étroit avec les membres d'autres instituts ou avec des laïcs vivant d'une même spiritualité.

Le monastère Sainte Croix est situé en pleine brousse, à cinq kilomètres de Friguiabé, en Guinée. A la petite communauté de cinq soeurs françaises venues de Maumont, en Charente, se sont ajoutées, pour un temps plus ou moins long, des soeurs africaines des monastères de l'Afrique de l'Ouest (actuellement deux soeurs de Koubri au Burkina Faso). Ensemble, en filles de saint Benoît, nous traçons le sillon de la vie monastique, inconnue jusqu'alors en Guinée. Nous commençons notre dixième année de présence ici, en réponse à l'appel de Mgr Sarah, archevêque de Conakry, qui désirait ardemment pour son pays et son Eglise un lieu de prière, une source vive comme le torrent de Kérit, où chacun peut venir boire et refaire ses forces, approfondir sa foi.
Après les premières années très riches en contact avec l'extérieur, au cours de tournées monastiques notamment, à la rencontre des communautés chrétiennes des trois diocèses de Guinée, nous vivons une étape nouvelle, plus stabilisée, fondée sur les valeurs de notre vie :
• Ora. Les jeunes qui passent entrent facilement dans notre liturgie toute simple, malgré l'absence de chants ou de psaumes rythmés  (pour l'instant !). En plein milieu musulman, notre présence est bien accueillie : il y a un grand respect pour les « femmes de prière » que l'on voit en nous.
Labora. Dans un contexte économique de plus en plus difficile, au coeur d'un peuple pauvre et qui souffre, il n'est pas simple de réussir un projet de travail. Ainsi, nous sommes obligées de fermer le poulailler qui nous faisait vivre, avec une dizaine de familles, et de chercher une autre orientation : développer le maraîchage, l'artisanat ? De plus, la difficulté de trouver des personnes de confiance rend plus délicate la gestion de l'économie globale du monastère.
Les hôtes ne manquent jamais au monastère, qui devient peu à peu un lieu de référence pour la vie de l'Eglise locale : retraites, sessions, liens avec le petit séminaire et le juvénat de Kindia, les chrétiens de Friguiabé... La simplicité de vie de ceux qui nous entourent, avec des moyens pauvres, fait résonner en nous la Parole de Dieu, dans ses deux Testaments, de façon concrète, vivante. La situation de précarité où nous sommes, la rudesse du climat, le choc des cultures nous invitent à être modestes, à découvrir ce paradoxe de l'Evangile d'une force cachée dans la faiblesse, à vivre une vie fraternelle vraie dans l'écoute réciproque et la joie de louer Dieu, notre Père à tous. L'entrée d'un...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.