Dans la littérature spirituelle, il arrive souvent que le terme « respect » garde sa proximité linguistique avec la « révérence », ce geste corporel qui fait s’incliner devant un autre. Derrière l’élégance qu’évoque cette « révérence », derrière la douceur bienfaisante d’une relation où l’on se sent soi-même respecté, comme derrière l’aisance de toute danse, se cache un combat…
Le respect, n’est-ce pas en effet le résultat d’un chemin, l’enjeu, en définitive, de tout combat spirituel, le fruit d’un combat propre, pour lequel le discernement est fort utile ?
 
 

De la crainte au respect, un chemin…

 
 
« Car vous commencerez par le respect… »[1], écrivait naguère Maurice Bellet en une très belle relecture du Décalogue ; Ignace de Loyola inscrit le respect au porche de ses Exercices spirituels : « L’homme est créé pour louer, respecter, servir Dieu son Créateur.»[2]  Est-il cependant si sûr que l’on puisse commencer par le respect ? La tradition spirituelle a vu le premier pas d’un chemin spirituel dans la « crainte de Dieu », devenue, au Moyen Âge, l’un des sept dons du Saint-Esprit. Cette crainte, sentiment qu’éprouve l’être humain en sa bassesse devant la majesté de Dieu, est riche de nuances variées : de la crainte servile, celle de l’esclave, qui « craint pour soi » le châtiment de ses fautes, à celle du fils qui « rapporte tout à son père » et « ne cherche pas son intérêt », en passant par celle du mercenaire, intéressé, qui « pense à soi »[3].
Filiale, la crainte voisine avec le respect : forme « sublime de charité », elle est pour Cassien « respect d’une affection attentive, ne redoutant ni les coups ni les reproches, mais la plus légère blessure de l’amour, et tourmentée de tendresse passionnée en tous ses actes et même ses paroles, de peur que la ferveur de la dilection de l’autre à son égard ne se refroidisse tant soit peu. »[4]  C’est, écrit Lallemant, « une disposition habituelle que le Saint-Esprit met dans l’âme pour la tenir dans le respect de Dieu et dans la dépendance et la soumission à ses volontés, l’éloignant de tout ce qui peut déplaire à Dieu. »[5]  Au terme des Exercices d’Ignace, elle « ne fait qu’un avec l’amour de Dieu »[6], et pour François de Sales elle « n’est autre chose que l’amour en tant qu’il nous fait fuir et éviter ce qui est désagréable à la divine Majesté »[7].
Même servile, elle demeure une aide qui retient les pas du pécheur entraînés sur une m...
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