Auteur d'un monumental ouvrage, Le catholicisme au féminin, sur l'expansion des congrégations apostoliques féminines au xix" siècle, le professeur Langlois se concentre ici sur les dimensions masculines et féminines des pratiques dévotionnelles au cours de ce siècle.

Voilà plus de quinze ans, dans l'introduction de ma thèse consacrée aux congrégations religieuses 1, je m'interrogeais sur la féminisation du catholicisme au XIXe siècle J'en distinguais trois aspects : la féminisation de la pratique, déjà connue par quelques exemples et attestée depuis à mesure que l'information nous parvenait sur les autres diocèses de France ; la féminisation des « permanents » par l'arrivée massive des religieuses, maintenant en plus grand nombre (plus de 130 000 vers 1880) que les prêtres, religieux et frères enseignants ; la féminisation, enfin, de la piété. Sur les deux premiers points, la démonstration a été faite, même si, pour le premier dossier, il n'y a pas unanimité sur l'évolution au XXe siècle et si, pour le second, il faut évidemment rappeler que la réalité du nombre ne supprime pas la différenciation des statuts, et notamment la masculinité de l'accès au sacerdoce.
Mais que peut-on dire de la « féminisation de la spiritualité », si tant est que cette expression ait quelque pertinence ? Rien d'aussi évident, car, ici, beaucoup reste à faire. S'intéresser d'abord davantage à ce siècle ; localiser ensuite les sources pour les rendre utilisables.
 

Une approche difficile


Mais la difficulté principale vient de l'objet même dont on cherche à se saisir. Si l'on peut sans peine comprendre ce qu'a été un pratiquant ou un militant, si l'on accepte l'approche sociologique de « permanents » du catholicisme, qui consiste à prendre ensemble prêtres séculiers, religieux, religieuses, le troisième élément que l'on envisage de mieux connaître se dérobe : j'avais écrit « piété » voilà quinze ans ; je parlerais plutôt de « spiritualité » maintenant. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à éprouver quelques difficultés en ce domaine, si j'en crois les titres changeants d'un récent colloque et de ses actes. En 1998 à Pont-à-Mousson, Louis Châtellier avait invité des collègues modernistes à s'interroger sur le thème suivant : « Dévotion de groupe et piété personnelle » ; la livraison en revue est parue sous un autre titre : « La prière dans le christianisme moderne » 2. Dévotion et piété ou prière ? Piété ou spiritualité ?
Pourquoi ces hésitations ? Dans l'étude des pratiques, on se trouve en présence de phénomènes strictement définis (communion pascale, assistance à la messe dominicale) qui conduisent à proposer des modèles différenciés du comportement des fidèles. Pour celle des « permanents », on est en présence soit des prêtres diocésains, soit des membres des familles religieuses reconnues, qui sont identifiables par le port d'un habit propre,...
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