C'est comme si la terre se dérobait sous nos pieds. Des éoliennes, des centres commerciaux, une végétation qui n'est plus tout à fait la même, nous ne reconnaissons plus les paysages. Il est question des étrangers qui arrivent en nombre sur le territoire français, des migrants, des réfugiés, mais la « crise » est-elle celle « des réfugiés », ou bien n'est-elle pas, plus fondamentalement, celle du refuge, de la demande de refuge ? N'est-ce pas la Terre qui se fait de moins en moins habitable ?

La physique moderne, après Galilée, nous a appris à considérer la Terre comme une planète qui tourne autour du Soleil, à voir notre Terre depuis le « point de vue de Sirius », à nous dégager de notre monde sensible, de notre connivence avec les lieux. Le mouvement de « mondialisation » a été envisagé comme un mouvement d'émancipation de tout ce qui nous retenait en arrière et nous empêchait d'aller de l'avant, vers l'avenir, vers le « progrès » : un arrachement au local vers le global. Mais ce mouvement se révèle être un appauvrissement, une uniformisation du monde au profit de quelques-uns, car il faudrait plusieurs fois les ressources de la Terre pour que tous les Terriens bénéficient de notre niveau de vie, à nous, Occidentaux. Jean-Jacques Rousseau disait : « Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n'ont pas de pain1. » Nous, il nous faut des smartphones, voilà pourquoi tant d'enfants meurent dans les mines de cobalt, au Congo et ailleurs. Et ce sont des milieux de vie qui sont détruits.

Il ne s'agit certes pas de revenir « en