Je demande la tempérance, la persévérance
Je suis rivé au temps
Pris, épris
Je suis amoureux de ce monde
Je marche à tâtons en moi-même égaré
Je demande la constance, le détachement
Ouvrir les yeux (…)
Je demande que toujours tu m’accompagnes
Raison de l’homme
OctavioPaz

Je travaille dans un laboratoire de recherche qui – comme souvent en France – a une double appartenance : celle de l’enseignement supérieur et celle du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Ceux qui m’environnent sont des chercheurs du CNRS, ou comme moi des universitaires de l’enseignement supérieur. D’autres sont là pour un an, deux ans, dans le cadre de divers projets. Il y a aussi les ingénieurs, techniciens, administratifs qui constituent un support vital. Il y a surtout les étudiants, en thèse et en Masters, qui se forment tout en contribuant de manière décisive à la recherche.
Mon domaine de recherche et d’enseignement est la géophysique. Ce qui le constitue est l’objet visé, la Terre, à toutes les échelles et par tous les moyens. Cela en fait un champ très large et très diversifié : pour les uns, sur le terrain partout dans le monde ; pour d’autres comme moi, en laboratoire. Les motivations s’entrecroisent. D’un côté, des implications économiques majeures : ressources d’hydro­carbures, stockages souterrains, géodésie et satellites d’observation. De l’autre, la connaissance de la planète Terre et de phénomènes na­turels qui nous dépassent. Mais n’est-il pas évident qu’une meilleure compréhension des séismes ou éruptions volcaniques est aussi un enjeu qui a des incidences sur la vie des hommes ?
Mon expérience oriente ces lignes. Un chercheur en sciences hu­maines, ou en sciences du vivant, ne tiendrait pas le même propos. Ma pratique est celle des sciences que – non sans malice – d’autres chercheurs qualifient de « sciences inhumaines ».
 

Quitter le monde ?


L’attitude fondamentale du scientifique s’appuie sur sa capacité de raisonner. Observer les faits, tenter de remonter aux causes. Dé­chiffrer le réel, le rendre lisible d’abord. Le rendre compréhensible ensuite. Voir, observer, n’est pas immédiat. Le plus souvent, il y a la médiation d’un instrument. Au début, l’instrument peut être fort simple. Une mesure d’angles et de distance permet à Ératosthène (IIIe siècle av. J.-C.) d’obtenir pour la première fois une valeur (d’ailleurs très précise) du rayon te...
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