Voici quelques années déjà, enseignait dans la mosquée voisine un adjoint de l’imam que l’on appelait « Taleb » tout simplement. Il était connu pour son originalité et sa grande liberté. Il ne devait garder sa place qu’en raison de sa grande foi et d’une certaine naïveté qui mettait un peu de piquant dans la communauté. Un jour, il se pointa chez Brahim, un ami commun, qui, pour les grandes circonstances et certains intimes, gardait chez lui une bouteille… de pastis – que Dieu lui pardonne. Il arrive donc à l’improviste et, d’emblée, il lui demande de lui en verser une dose. Surprise de Brahim qui s’oppose : « Comment, toi, Taleb, tu vas boire de l’alcool ! Tu sais que c’est "haram" [interdit]. » Sur son insistance, Brahim obtempère. Le verre fini, notre ami Taleb demande une nouvelle dose. À regret, son ami la lui donne. Encore ! La main tremblante d’hésitation, la troisième dose est versée, avalée, et notre ami Taleb, sans rien dire, repart chez lui, un peu titubant sur ses deux jambes.

Quelques semaines après, Brahim le rencontre et lui demande de ses nouvelles. Celui-ci, tout à fait ravi et heureux, rend grâce au Très-Haut pour sa grande clémence et l’exaucement de sa prière. « Comment ça ?,lui demande Brahim. Tu es venu chez moi l’autre jour, tout triste et déprimé, tu es reparti en titubant comme un ivrogne, et c’est à cause de cela que Dieu t’aurait exaucé ? » « Pas du tout,lui répond Taleb. Tu vois, lorsque je suis allé te voir, j’étais seul depuis la mort de ma femme. Tu sais aussi que ma fille était dans un hôpital psychiatrique et que mon fils n’était pas venu me voir depuis de longs mois. Maintenant, je me suis remarié, ma fille est sortie de l’hôpital et mon fils est revenu me voir ! » Étonnement de Brahim qui ne voit pas où Taleb veut en venir. « Mais quel rapport avec ton geste blâmable de l’autre jour ? » « Vois-tu Brahim,lui répond Taleb, chez le Bon Dieu – qu’il soit exalté – mon dossier était tout à fait en dessous de la pile, oublié. Quand Dieu a vu que je commençais à m’égarer du droit chemin, il a pris la pile, l’a renversée et mon dossier est revenu au-dessus ; et, là, il s’est tout de suite occupé de moi ! »

 

Rapporté par Mgr Claude Rault, dans le bulletin du diocèse de Laghouat Ghardaïa (Algérie).
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