Devenu en 1945 président des États-Unis à la mort de Franklin D. Roosevelt, Harry S. Truman nota peu de temps après dans son journal : « Je n'ai aucune foi en aucun État totalitaire, qu'il soit russe, allemand, espagnol, argentin, rital [sic] ou japonais. Ils partent tous d'un faux postulat : que les mensonges sont justifiés et que la vieille formule jésuite, maintes fois réfutée, selon laquelle la fin justifie les moyens, est exacte1. » Ironie de l'histoire, c'est le même Président qui allait décider, quelques mois plus tard, d'employer à deux reprises la bombe nucléaire sur la population civile du Japon.
L'évocation de cette « vieille formule jésuite » rappelle la caricature, courante au XIXe siècle, dépeignant la Compagnie de Jésus comme un ordre quasi militaire, composé d'intrigants à l'esprit tortueux, prêts à tout et sans scrupule. Pour excessive qu'elle soit, cette caricature pouvait s'appuyer sur l'image d'un Ignace soldat et ascète, qui dominait alors la compréhension que la Compagnie de Jésus avait de son fondateur. Le 21e Supérieur général des jésuites, Jan Roothaan (1785-1853) avait fait de la redécouverte des Exercices spirituels2 (ES), comme école d'ascèse et de vertu, le cœur d'un effort de renouvellement de la Compagnie après sa suppression.
Près de deux cents ans après l'élection de Roothaan comme Supérieur général, la publication et l'étude de nombreux textes d'Ignace et des