Encore une fois, tu célèbres la caresse pour amadouer le silence, le rendre moins sombre, le désarmer. Caresse, car tu crois en l'offrande des mains, printemps sur la peau, brise bleue, quelque chose comme une odeur de ciel douillet qui se lève, et le sol à vol d'oiseau, si fragile que tu voudrais le couvrir de forêts1. La poésie, qui rend compte du monde à partir du plus intime, a cette faculté de nous empoigner par le cœur et par le souffle avant de passer par l'intellect. Le travail du poète est peut-être avant tout de se mettre au service d'une fulgurance qui arrivera, ou n'arrivera pas, jusqu'au lecteur, et saura déchirer pour quelques secondes la trame grise du réel. Pourquoi certaines locutions, certaines phrases ou certaines images ont-elles cette capacité de nous mettre en mouvement ? C'est de cette façon que m'a un jour rejointe la poésie de Louise Dupré, tout à la fois m'étreignant le cœur et me prenant par la main ; posant des mots sur ce qui sans doute en moi palpitait quelque part mais n'était que magma confus, intuitions indistinctes ; opposant à mes dénis sa lucidité têtue, à ma faiblesse sa détermination, à ma myopie sa clairvoyance. Certaines personnes ont ce pouvoir sorcier de nous rejoindre au plus profond pour nous emmener au plus