Cerf, 2019, 400 p., 24 €.

Abbé de l'abbaye bénédictine d'En Calcat, l'auteur nous fait entrer dans une lecture suivie de l'évangile de Marc. Une œuvre imposante, puisqu'il fait un commentaire de tout l'évangile, après en avoir établi sa propre traduction, celle-ci cherchant à être fidèle aux nuances du grec et aux répétitions de l'original.

L'intérêt du livre n'est pas d'ordre historique. Il est au carrefour des dimensions spirituelles, littéraires et théologiques. La lecture de Marc s'appuie sur une grande attention au texte, à son rythme et à sa dynamique pour en faire ressortir une vie. On y découvre un Jésus sans cesse en mouvement, qui n'arrête pas de surprendre, de bousculer. Les disciples sont sans cesse « sous le choc », déplacés par ce Jésus qui les a appelés. Beaucoup de perles de l'évangile apparaissent. J'en relève deux.

En méditant sur Marc 6,41-44, le passage où la foule est rassasiée par la distribution des morceaux des cinq pains et des deux poissons, l'auteur fait remarquer qu'il s'agit d'un fractionnement. Le peu des disciples, donné à Jésus, est mis en miettes ; et les disciples osent le donner à la foule. Ce don en pauvreté rassasie ! Et douze paniers, images des Douze, se retrouvent pleins, alors que tous ont bien mangé. On est ainsi proche de l'obole de la veuve, ou de Jésus rassasié de l'échange avec la Samaritaine (Jn 4) et n'ayant plus faim de la nourriture que les disciples ramènent de la ville.

Le commentaire du discours communautaire (Mc 9,38-50) montre combien Jésus interpelle le disciple Jean, l'invite à comprendre le paradoxe de la marche à sa suite : ouverture et accueil large des petits et des croyants ; vigueur envers soi-même. La rigueur personnelle est en lien avec l'accueil large ; et, de même que le sel doit être utilisé à bon escient, ni trop ni trop peu, le zèle du disciple doit trouver la juste mesure. L'évangile de Marc, probablement le premier des quatre évangiles à avoir été écrit, nous montre un Jésus qui déroute ses disciples, jusque dans la Passion… et dans la Résurrection. Comme il est bon pour le lecteur, tellement habitué aux péricopes qu'elles ne lui parlent plus, d'être déplacé dans sa compréhension des écritures.

Un excellent livre pour ceux qui voudraient pratiquer une lectio divina de cet évangile, seuls ou en groupe, et, à leur tour, devenir chercheurs de perles. Il y a une telle richesse à découvrir sous la lettre de l'évangile. Ce livre est comme une bêche pour chercher et trouver le trésor caché dans le champ.