Comment arriver à nourrir chacun tous les jours et jusqu'à la fin du mois ? Cette question peut être lancinante, harcelante, angoissante pour bien des mères et des pères de famille lorsque la grande pauvreté a élu domicile chez eux. Trouver à manger et donner à manger, quand cela devient un exploit quotidien, peut devenir le centre presque exclusif des préoccupations et peut envahir tout l'espace psychique de certains et, le plus souvent, de certaines. En effet, l'écoute des familles du quart-monde fait percevoir que la charge mentale des repas et de la gestion des dettes pèse très spécialement sur les femmes. Manquer de nourriture et voir ses enfants avoir faim est une réalité obsédante qui entame gravement les capacités relationnelles, comme le souligne le groupe « Place et parole des pauvres » :

« Si on n'a pas à manger, on est incapable d'aimer, on est irritable. On a d'abord besoin de manger et de boire, d'avoir un logement normal, avant de faire autre chose. Le pain est premier. La vie qui est donnée par Dieu, c'est pas abstrait : on a besoin de vivre correctement. Il faut un minimum de dignité pour faire autre chose. Quand on a trop faim, on n'a plus la force pour penser aux autres. Aimer, être aimé et manger, c'est complètement lié. Autrement, c'est le mensonge. L'un ne va pas sans l'autre1. »
Un des fondamentaux de la vie

Se procurer la nourriture indispensable peut être cruel. La violence psychique