Au Secours catholique, la nourriture est bel et bien un lieu de discernement. La question de la distribution d’aide alimentaire est en débat depuis de nombreuses années. Collecter de la nourriture pour ceux qui en manquent est un réflexe spontané de tout un chacun. Mais est-ce bien de cela que les gens concernés ont besoin ? Leurs problèmes sont souvent plus globaux, et on ne se donne pas les moyens de les découvrir si on se contente de distribuer de l’aide alimentaire. Dans la paroisse où je suis, l’équipe du Secours catholique reçoit individuellement les personnes en précarité, elle les écoute, réfléchit avec elles aux moyens de les aider à faire valoir leurs droits. J’ai remarqué qu’habituellement, à la fin de l’entretien, on leur demande si elles veulent un colis alimentaire et souvent elles répondent : « Non, cette semaine, je vais me débrouiller. »
On voit donc se développer de nouvelles pratiques. Par exemple, des équipes du Secours catholique proposent aux gens d’aller acheter dans les magasins ce dont ils ont besoin et, au retour, donnent un coup de pouce financier à la famille sur tel ou tel produit de première nécessité. Cela leur permet de faire leurs courses comme tout le monde, d’éviter la honte d’aller faire la queue dans un lieu de distribution, tout en se responsabilisant sur la gestion de leur budget.
 
Renouveler l’aide alimentaire
Une autre initiative se répand, celle des épiceries solidaires. J’ai visité l’une d’elles récemment : les personnes sont accueillies dans un lieu convivial, un bénévole les reçoit pour faire le point sur leur situation ; elles vont ensuite dans une pièce où elles peuvent acheter à bas prix les produits dont elles ont besoin et peuvent sortir sans montrer à tout le monde ce qu’elles ont choisi. L’intérêt, c’est la convivialité qui s’exprime dans l’accueil. J’ai rencontré ce jour-là un monsieur qui avait bénéficié de l’épicerie et qui était allé demander à la boulangerie du quartier de donner à cette épicerie les croissants de la veille qui étaient habituellement jetés. Il était venu voir la responsable en lui disant : « La boulangère est d’accord, vous pourrez aller les chercher. » La responsable lui a proposé d’y aller lui-même. Il n’y avait pas pensé. Depuis lors, ce monsieur revient régulièrement à l’épicerie solidaire avec des croissants qui régalent tout le monde et cela crée une belle ambiance durant la matinée. Je remarque que ces épiceries solidaires font de plus en plus appel aux associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) pour les légumes, ou aux Jardins de cocagne qui embauchent des personnes pour la réinsertion sociale par le maraîchage. Ce travail en réseaux et en circuits courts crée du lien et redonne du sens autour de l’écologie.
 
Cultiver ensemble son jardin
Parmi les actions des délégations du Secours catholique en vue d...
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