de Ludovic Le Gall, La Tête en l'air, 2025, 160 pages, 18 €.

Avoir eu une enfance difficile parce que papa n'était pas à la hauteur ne vous facilite généralement pas la vie. Certains, de nos jours surtout, en font des fromages, qui grossissent ce que le psychanalyste François Roustang appelait joliment la littérature de la plainte. Hervé Bazin avait ouvert le ban. Mais, dans son canular grinçant, c'était maman la coupable.

Ludovic Le Gall a donc été un chenapan. Ceux qui connaissent l'écrivain qu'il est devenu, sous un autre nom, ne s'en doutent généralement pas. Et pour cause : ces « récits » de « scènes tout aussi quotidiennes qu'énigmatiques » (comme l'indique la quatrième de couverture) ne respirent ni le ressentiment ni la mélancolie. L'entrain qui porte ces éclats de vie, l'humour occasionnel, bref la joie lucide qui habitent ces pages eussent ravi Georges Bernanos. Certes, il n'y est guère question du Bon Dieu et des sentiments exquis ou torturants qui peuvent accompagner sa fréquentation. Pourtant la vie est là, ni simple ni tranquille. Elle nous réserve, de temps à autre, des moments pas comme les autres : tantôt, c'est le passé qui revient, méconnaissable, tantôt c'est le temps qui semble échapper au temps. Le poète se fait volontiers comptable de ces moments-là. Il est juste que ce témoignage figure dans une revue de spiritualité comme Christus.

Daniel Minquois