Les paroles dites par Jésus au moment de son dernier repas révèlent le secret de ce que fut sa vie filiale et fraternelle et, en conséquence, le style de vie de celles et de ceux qui se reçoivent de Lui.

Durant le confinement, bien des prêtres, dans le but de contribuer à nourrir la vie de foi des communautés dont ils sont les serviteurs, ont filmé qui des adorations eucharistiques, qui des bénédictions de rues ou de villes avec l’ostensoir. Le pain eucharistique ainsi offert à la vénération est, du fait de la conception de nos ostensoirs et du fait peut-être d’habitudes respectables, un pain inentamé, non rompu et isolé de ce pour quoi il fut et est donné, à savoir être mangé par un nombre certain de convives, pour qu’ils deviennent ainsi le Corps du Christ?: « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Corinthiens 10,17).

Par ailleurs, et ceci explique cela, la tradition occidentale, à la suite des débats concernant le mystère de la présence du Christ se donnant ainsi aux siens, a porté toute son attention sur ce qu’on appelait « le miracle eucharistique » et sur les mots « CECI est mon corps, CECI est mon sang ». Leur inscription en majuscules au cœur des prières eucharistiques, soit dans les missels, soit sur les petits panneaux se trouvant autrefois sur les autels (les « canons d’autel »), en témoignait et en témoigne encore. Cette affirmation de foi (à laquelle, bien entendu, nous tenons) risque toutefois, si nous l’isolons, d’occulter les gestes et les paroles dans lesquels elle prend sens.

Développons donc, par étapes, ce qui pourrait enrichir le sens de ces deux « ceci », en les resituant dans leur écrin scripturaire?: le dernier repas de Jésus avec les siens et sa tonalité pascale, tonalité soulignée par la tradition qui a fait du Jeudi saint le premier temps du « Triduum pascal ». En un deuxième temps, nous scruterons les récits du dernier repas, l’action dans laquelle pain et vin sont insérés, sans oublier les étranges paroles qui l’accompagnent. Elles en disent long sur l’être eucharistique du Christ. Finalement, nous réfléchirons à la portée du « pour vous » de ce corps et de ce sang que le Christ nous invite à manger et à boire.

La tonalité pascale de la Cène

La lecture de cet article est réservée aux abonnés.