L’examen de conscience a mauvaise presse. L’expression elle-même souffre d’un relent de culpabilité qui nourrit davantage la crainte que l’amour. C’est pourquoi on l’abandonne d’autant plus facilement que, dans l’atmosphère du temps, la culpabilité est devenue une maladie honteuse : « Responsables, mais pas coupables ! » Fénelon mettait déjà en garde contre ces retours sur soi-même qui ne font que décourager : « Quand vous vous grondez sur vos misères, je ne vois dans votre conseil que vous seul avec vous-même. Pauvre conseil, où Dieu n’est pas ! » Et avant lui, François de Sales disait qu’on ne saurait faire meilleur usage de la douceur que de se l’appliquer à soi-même, et il dénonçait cette déplaisance aigre et chagrine par laquelle, s’étant mis en colère, on se courrouce de s’être courroucé, on se dépite de s’être dépité et, pour tout dire, on se décourage de s’être découragé.
Pourtant, il n’est pas de maître spirituel qui n’ait considéré l’examen de conscience comme indispensable au progrès de la vie chrétienne, à la purification du coeur et à la conduite du Saint Esprit. C’est ainsi que saint Ignace propose dans les Exercices plusieurs manières d’examiner ses pensées, ses paroles, ses actions, l’usage des cinq sens, la pratique des commandements de Dieu. Et il avait coutume de dire que si le rythme de la vie empêchait certains jours de faire oraison, il fallait à tout prix maintenir l’examen de conscience quotidien. Il nous faut donc, derrière les mots usés, retrouver le sens de cet exercice spirituel, que beaucoup aujourd’hui appellent fort justement « prière d’alliance ».
 

Gratitude


Cette prière d’alliance a pour objet de discerner la présence du Seigneur dans les événements vécus au cours de la journée et la façon dont il nous conduit par son Esprit. Et c’est pourquoi saint Ignace invite à commencer par l’action de grâces. « Rendez grâces en toutes choses », ne cesse de dire saint Paul, et lui-même commence toutes ses lettres en louant Dieu pour sa consolation et son réconfort. C’est l’attitude chrétienne par excellence, attitude que la dernière contemplation des Exercices, « pour parvenir à l’amour », fait demander à Dieu : « me remettre en mémoire tous les dons reçus, peser avec beaucoup d’amour ce qu’il m’a donné, et combien il désire se communiquer lui-même à moi, afin de devenir pleinement reconnaissant, lui offrant en retour ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède, pour les mettre à sa disposition. »
Ignace avait coutume de dire que le péché le plus abominable aux yeux de Dieu était l’ingratitude, le réflexe invétéré de possessivité et d’orgueil par lequel la créature s’empare du don en repoussant le « Donateur de tout bien ». Ingratitude contre laquelle met en garde le Deutéronome : « Garde-toi d’oublier le Seigneur ton Dieu. Quand tu seras rassasié, quand tu te seras bâti de belles maisons, quand tu auras gagné b...
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