Cette lettre de Thérèse a sa soeur Céline a été écrite du Carmel de Lisieux le 25 avril 1893 (cf lettre 141, OEuvres complètes, Cerf/Desclee de Brouwer, 1992 pp 460 462) Thérèse a fait profession depuis presque trois ans et vient de traverser ce qu'on s'accorde a appeler ses « années obscures » Céline, en cette année 1893 durant laquelle Thérèse accède a ce don d'expression unique qui ne la quittera plus jusqu'à sa mort en 1898 —, est sa correspondante privilégiée (elle-même entrera au Carmel en septembre 1894)
Cette magnifique méditation d'une jeune religieuse sur la vie contemplative a l'adresse d'une laïque est commentée par Jean Clapier dans l'article qui suit


Ma Céline chérie,

Je vais te dire une pensée qui m'est venue ce matin, ou plutôt je vais te faire part des désirs de Jésus sur ton âme Quand je pense a toi auprès de l'unique ami de nos âmes, c'est toujours la simplicité qui se présente a moi comme le caractère distinctif de ton coeur Céline  simple petite fleur Céline, n'envie pas les fleurs de jardins Jésus ne nous a pas dit « Je suis la fleur des jardins, la rose cultivée », mais il nous dit « Je suis la fleur des champs et le Lys des vallons » [Ct 2,1 ] Eh bien ! j'ai pensé ce matin auprès du tabernacle que ma Céline, la petite fleur de Jésus, devait être et rester toujours une goutte de rosée cachée dans la divine corolle du beau Lys des vallées. Une goutte de rosée, qu'y a-t-il de plus simple et de plus pur ? Ce ne sont pas les nuages qui l'ont formée puisque quand l'azur du Ciel est étoile la rosée descend sur les fleurs, elle n'est pas comparable à la pluie qu'elle surpasse en fraîcheur et en beauté. La rosée n'existe que la nuit ; aussitôt que le Soleil darde ses chauds rayons il fait distiller les charmantes perles qui scintillent à l'extrémité des brins d'herbes de la prairie et la rosée se change en une vapeur légère. Céline, c'est une petite goutte de rosée qui n'a pas été formée par les nuages, mais qui est descendue du beau Ciel sa patrie. Pendant la nuit de la vie sa mission à elle est de se cacher dans le coeur de la fleur des champs, nul regard humain ne doit l'y découvrir, le seul calice qui possède la petite gouttelette connaîtra sa fraîcheur. Heureuse petite goutte de rosée qui n'est connue que de Jésus !... ne t'arrête pas à considérer le cours des fleuves retentissants qui font l'admiration des créatures. N'envie pas même le clair ruisseau qui serpente dans la prairie. Sans doute son murmure est bien doux... Mais les créatures peuvent l'entendre... et puis le calice de la fleur des champs ne saurait le contenir. Il ne peut être pour Jésus seul. Pour être à Lui il faut être petit, petit comme une goutte de rosée !... Oh ! qu'il y a peu d'âmes qui aspirent à rester ainsi petites !... Mais, disent-elles, le fleuve et le ruisseau ne sont-ils pas plus utiles que la goutte d...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.