Deux voies commandent les réflexions que nous proposons. L'une nous fut inspirée par Maurice Blanchot méditant sur la question littéraire et prenant le texte biblique à témoin. Plaidant pour le « retour à la lettre », à l'instar du philosophe qui plaide pour le « retour aux choses mêmes », Blanchot avertit le ledeur d'une tentation trop fréquente : interposer entre la parole biblique et celle du lecteur les transpositions symboliques qui tempèrent la rudesse et la nudité de la lettre : « Chaque fois que nous sommes gênés par une parole Uop forte, nous disons : c'est un symbole. Ce mur qu'est la Bible est ainsi devenu une tendre transparence où se colorent de mélancolie les petites fatigues de l'âme » 1.
L'enjeu est clair, et c'est l'objet de la seconde voie. Le rapport de Dieu à l'homme s'instaure à partir du moment où Dieu parle, révélant non pas tant un message qu'un soud : « Vais-je cacher à Abraham ce que je vais faire ?» — souci exprimé à l'aube du geste créateur sous la forme d'une interrogation pathétique adressée à l'homme : « Où estu ?» La création iconique rédame tout autant une image de l'homme qu'une image de Dieu, et c'est faute d'identifier ce « besoin » divin que la notion de création se fige dans l'image-objet, trace sensible d'un divin diffus ou diffusé comme secrète vitalité des phénomènes. Or Dieu parle, et, lorsqu'il parle, il « a besoin d'entendre sa propre parole — devenue ainsi réponse — répétée en l'homme où elle peut seulement s'affirmer et qui en devient responsable » 2. Si, du côté de Dieu, l'image ou la ressemblance valent comme révélation du mystère divin, c'est la temporalité du Christ obéissant qui nous en décèle le sens.
La création iconique : voilà bien une expression redoutable parce que facile, « esthétisante » à souhait, à moins qu'elle ne se recueille christologiquement, et ne définisse l'espace d'une liberté filiale à construire, sous la grâce d'adoption.
 

Le mystère du Verbe


Spontanément, on pense la création en terme de « fondation du monde ». Dieu est alors un principe transcendant qui pose autre chose face à lui. Une théologie de la création, pourtant, ne se fonde pas sur cette expérience cosmologique. Si le regard de l'homme est nativement instruit par l'ordre des choses, la notion de création n'advient à la pensée que dans une expérience seconde. Etroitement associée à la révélation du Nom divin, elle en épouse l'indicible figuration, et c'est d'abord ainsi qu'elle dédine son « origine » divine.
Révélation du Nom et création sont les deux faces d'un même mystère, dont la littérature néotestamentaire ne cesse de signifier le paradoxe. Ainsi, en Ep 1,3-4, l'adoption filiale fait droit au geste créateur tout en le libérant de son intelligence trop immédiatement cosmique. La « fondation du monde » est subordonnée à un mystérieux colloque divin où le « Père de notre Seigneur Jésus Christ...
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