Dans les diverses approches des Exercices, celle de la connaissance intérieure demeure encore un champ à explorer, qui peut se révéler fécond 1. Elle permet de rapprocher deux univers qui, traditionnellement, sont restés trop éloignés l'un de l'autre, et se sont mutuellement regardés avec soupçon. D'une part, l'univers de l'action et de la décision, propre à une spiritualité de la « volonté », de caractère éthique et réaliste, et de l'autre, l'univers de la contemplation et de la « gnosis » dans les marges d'une mystique beaucoup moins précise. Ce qu'on pourrait appeler le « resurgissement gnostique » de notre temps (après une période « agnostique ») nous offre l'opportunité de relire les Exercices à partir d'une perspective gnoséologique, dans l'espoir que sa lumière nous aide à discerner les excès du gnosticisme.
Nous prendrons comme fil rouge l'expression « connaissance intérieure » qui apparaît trois fois tout au long des Exercices : 1. Dans le colloque des répétitions de première semaine : « Que je sente une connaissance intérieure de mes péchés et que je les aie en horreur » (63,2) ; 2. Dans la prière caractéristique de deuxième semaine : « Demander une connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s'est fait homme, afin que je l'aime et le suive davantage » ( 104) ; 3. Dans le préambule de la Contemplation pour parvenir à l'amour : « Demander une connaissance intérieure de tout le bien reçu » (233).
Ces trois récurrences correspondent à trois grands stades du parcours des Exercices, qui sont aussi les trois grandes étapes classiques de la vie spirituelle : la voie purgative, la voie illuminative et la voie unitive, dont Ignace fait une certaine mention dans la dixième annotation. Autrement dit, la première connaissance intérieure est centrée sur la connaissance du moi, la deuxième sur la connaissance de l'Autre et la troisième sur la connaissance du Tout, là où le moi et le Toi de Dieu deviennent Un dans un don mutuel.
De plus, cette connaissance, parce qu'intérieure, se déploie dans une autre direction : dans la profondeur de la personne elle-même. Il y a toujours un « lieu » plus intérieur, plus intime, d'où jaillit la connaissance. Ce lieu intérieur est idendfié par toute la tradition spirituelle comme le « lieu du coeur », même si Ignace n'utilise jamais cette expression. Cependant, il parle très souvent de « sentir » 2. Ce « sentir » est l'unificateur de la « connaissance » et de l'« affection », et son « organe » est le « coeur » (kardia), siège de cette connaissance intérieure qui devient de plus en plus profonde et unitive. Précisons que ce sentir dans le coeur dépasse l'espace de l'affectivité (le thymôs grec), zone encore trop instable et périphérique de la personne.
La connaissance intérieure est un sen...
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